Plantes vagabondes de Emilie Vast

Voyage au pays des plantes sauvages

Qui n’a pas fait l’expérience, enfant ou adulte, de se pencher pour contempler telle fleur ou herbe dans son jardin ou au détour d’un chemin ? Lors de nos promenades solitaires, nous nous surprenons à scruter, avec curiosité et parfois avec ravissement, certaines espèces de plantes que nous ne connaissons pas. Dans Plantes vagabondes, Emilie Vast nous initie à la vie secrète des plantes. Elle nous raconte le voyage des graines emportées et déposées par le vent à des endroits insolites. Là, commence la merveilleuse histoire de la vie. La graine germe, la tige émerge. Elle se nourrit de soleil et de pluie. Et voilà que la fleur apparaît au printemps et s’épanouit en été lorsque le soleil chauffe la terre …

Emilie Vast conte l’histoire. Elle a un talent confirmé pour cela mais pas seulement. Derrière la poésie, il y a aussi une volonté pédagogique. Elle nous apprend à voir et à prendre le temps.

Ainsi, parents et enfants apprennent, partagent, avec plaisir, l’expérience du savoir scientifique et botanique sur le monde des humbles : celui de la petite faune et flore sauvages des jardins et des bois.

Le récit est illustré de planches aux couleurs douces. Il y a très peu d’écrit. L’essentiel est dans l’illustration. Ainsi, le lecteur peut laisser libre cours à l’imagination.

Bref, c’est un vrai moment de plaisir.


Editions MeMo, 2018
17 €

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Nous, les vivants de Olivier Bleys


Une certaine idée de la frontière

Jonas est un pilote d’hélicoptère. Sa mission consiste à ravitailler le refuge de Maravilla situé à 4200 mètre d’altitude dans les Andes. Chaque expédition est dangereuse car les accidents ne sont pas rares. Ce jour-là, Jonas décolle comme d’habitude. Le temps semble être clément mais une fois l’avion posé sur la piste, il n’est plus possible de décoller car la tempête se lève. Jonas est alors coincé dans cette petite maison entre le gardien et un invité, Jésus. Ce dernier surveille la frontière entre le Chili et l’Argentine. Il prend à cœur son travail. Au fur et à mesure que le récit avance, le lecteur soupçonne le gardien et Jésus de maintenir en otage Jonas. Ce dernier ne pense qu’à son retour dans son foyer auprès de sa femme et de sa fille. Mais rien n’est si simple.

On peut être d’accord pour dire que ce roman a pour volonté de brouiller les pistes et de pousser le lecteur à s’interroger sur le sens de l’aventure de Jonas. Est-il mort ? Est-il en train de traverser les limbes avant de rejoindre définitivement l’autre monde et donc de franchir l’ultime frontière ? Où est la réalité ?

Mais ce qui pourrait être un bon sujet de roman devient ici insipide. La narration n’évolue pas car le rythme est inexistant. Il n’y a pas de péripéties. Le lecteur ne cerne pas le sens ni le but ultime du récit. La sauce ne prend pas. Il y a un sujet mais il est traité de façon insipide, simpliste et ennuyeuse. Littérairement parlant, il n’y a pas d’épiphanie ni de révélation. Les phrases sont plates sans fioriture ni poésie. Les descriptions sont réduites au minimum et il n’y a pas d’effort dans le style. L’auteur se laisse aller à un simple exercice d’écriture trop sûr de lui peut-être pour voir l’inconsistance de sa prose.

Nous, les vivants est pour Le monde de trân un ratage de cette rentrée littéraire.


Editeurs : Albin Michel, 2018
180 pages
16 €

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Une douce lueur de malveillance de Dan Chaon


Déliquescence 

Dustin Tillman est un psychologue qui vit dans la banlieue de Cleveland. Marié à Jill, une brillante avocate, Dustin mène une vie paisible. Mais ce n’est qu’en apparence. Enfant, il a été témoin du meurtre de ses parents, de son oncle et de sa tante. Son témoignage et celui de ses cousines ont conduit les policiers à l’arrestation de Rusty, son frère aîné et adoptif. Celui-ci sera condamné à la perpétuité pour son quadruple meurtre. Cependant, grâce aux tests ADN, son frère a été innocenté et libéré. La vie de Dusty bascule d’autant plus que Jill vient d’être emportée par le cancer. Dusty perd pied. Il fait alors connaissance d’un ancien policier « mis à pied » par sa hiérarchie pour une raison inconnue. A eux deux, ils vont mener une enquête sur les noyades inexpliquées d’étudiants. Au fur et à mesure, Dusty s’enfonce dans ses obsessions. Il lâche prise alors que tout autour de lui s’effondre. Son benjamin se drogue. Son aîné s’éloigne de sa famille « toxique ». Tout semble mener le protagoniste vers son anéantissement…

Une douce lueur de malveillance est un roman qui renoue avec les propres obsessions de Dan Chaon : la filiation, les secrets de famille, la mémoire défaillante et ses liens avec la réalité. L’auteur a déjà exploré ces tréfonds de la psyché dans ses nouvelles Surtout rester éveillé. Dans ce roman ci, il entend approfondir ces problématiques. Son protagoniste, Dusty, semble être un homme ordinaire évoluant dans le cercle bourgeois d’une société aisée de Cleveland. Or, il n’en est rien. Progressivement, Dan Chaon laisse voir un personnage sur la brèche. Dusty, par ses agissements, ses obsessions, sème le doute dans l’esprit du lecteur. Le choix de l’auteur d’en faire un roman noir est très judicieux. Il renforce le côté insaisissable, étrange ou/et « malade » de Dusty. Mais réduire ce roman à un thriller ou un polar serait une grave erreur car Dan Chaon veut souligner dans ce récit les contradictions de l’humaine condition. L’homme est en permanence leurré par sa mémoire. Il est constamment éconduit par sa représentation de la réalité et la Réalité elle-même. Il n’y a pas de salut ni de rédemption dans l’univers de Dan Chaon. L’homme se débat dans ses propres limites. L’issue est toujours en sa défaveur.

En conclusion, c’est un roman bien construit. L’intrigue est parfaitement menée. Dan Chaon est un écrivain prometteur. Le lecteur a hâte de poursuivre l’aventure avec lui. Une douce lueur de malveillance constitue une des réussites de cette rentrée littéraire 2018.


Roman traduit de l’Américain par Hélène Fournier
Editeurs : Albin Michel, Coll. « Terres d’Amérique », 2018
528 pages

24,50 €

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Surtout rester éveillé de Dan Chaon


Chronique d’Abigail

Sous ce titre, qui résonne comme une incantation adressée à soi-même afin d’exorciser tout risque de sombrer dans un sommeil aussi profond que malvenu, pareil à une phrase talisman capable de conjurer les peurs les plus archaiques se révèle un recueil de nouvelles signé Dan Chaon.
L’écrivain excelle dans l’instauration d’une atmosphère de suspicion, il maîtrise avec brio ce genre bref et vient, en fine lame, effleurer la curiosité de son lectorat.
Premier constat; celui du statut des personnages. Tous les protagonistes  sont des hommes et se trouvent renvoyés à leur fonction soit de père soit de fils. Peu importe les liens du sang, car la filiation peut s’avérer symbolique et / ou affective, résulter d’une adoption ou d’un choix délibéré.
L’ensemble des nouvelles possède le rythme lancinant d’une inquiétante berceuse, une mélopée enveloppante qui conduit le lecteur à la limite d’une réalité sur laquelle plane un doute constant. Ce flou possède un aspect hypnotique. Le temps et sa perception se trouvent cantonnés  dans une nébuleuse qui vient interroger, dans l’esprit du lecteur, la véracité des faits vécus par chaque personnage principal.
Il y a là de l’obsessionnel, un substrat anxiogéne sur le thème de la famille qui court d’un récit à l’autre, une sorte de hantise qui distille son atmosphère d’insaisissable. Qui contribue à instaurer l’inquiétude, à rompre avec le réel. L’étrangeté se glisse sous le masque du familier, les contours nets entre conscience et inconscience paraissent se dissoudre dans l’incertitude, s’estompent pour une balade brumeuse à la périphérie d’angoisses anciennes.
Le vol de la mémoire ,dont la fragilité se voit perpétuellement mise à l’épreuve, parsème d’indices le quotidien. De signes que les personnages relisent après coup, qui les connectent à un Ailleurs dans le temps et la conscience. Ainsi, Je me réveille concentre le noeud gordien qui sous tend cette oeuvre ; celui de la fratrie éclatée, du lien distendu, de l’incapacité à communiquer entre les membres d’une même famille. Il y a là une anesthésie des émotions troublante. Ce qui prédomine, c’est l’échec à créer un quelconque ciment affectif. Les pères sont rattrapés par leurs démons, leurs addictions au détriments des enfants. Les fils ne ressentent que mépris ou indifférence vis à vis des pères…Entre les êtres, la capacité à cohabiter s’érode et condamne tout un chacun à une errance de rejet et de solitude. Au point de se perdre dans le dédale d’un rêve éveillé, là où une inconnue aux aguets sous une porte cochère peut vous ouvrir la porte de l’oubli, des désirs enfouis de perdition  dans l’ailleurs, hors du réel inadmissible et dépourvu d’humour  dans Prends mon frère, puisse cela t’être utile.
Derrière les portes se tiennent tapies les fautes du passé, démons vengeurs qui viennent planter les crocs du remords dans les cerveaux jusqu’à que que surgisse la catastrophe. C’est là l’expérience vécue par le jeune père de la nouvelle Les abeilles, celui dont le jeune fils hurle de terreur, en proie à des craintes indicibles.  Qui ,peut être, ne sont pas les siennes… Car les cauchemars des pères rattrapent les enfants. Culpabilité, remords,solitude, impossible filiation, insupportable vérité sur les origines….
Bienvenue dans l’imaginaire à l’inquiétante étrangeté de Dan Chaon. Chaque nouvelle se veut balade aux confins des craintes archaïques. Les récits tiennent leur promesse.
Mieux vaut rester éveillé…


Nouvelles traduites de l’anglais (Américain) par Hélène Fournier
Editeurs: le Point, 2018
274 pages
7,40 euros

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Sous un autre jour de Jens Christian Grondahl


Les lendemains de son abandon

Ce matin, Irène Beckman se réveille avec une décision en tête : elle va quitter son mari. Mariée depuis 2 décennies à un directeur d’une grande banque, Irène est une avocate reconnue dans les affaires de divorces. Trompée par son mari, elle décide de le quitter. Or rien ne se passe comme prévu pour cette femme. Le soir même, au milieu d’un repas avec ses deux enfants, son mari la devance : il lui annonce son départ après le dîner pour aller vivre avec une jeune femme dont il est éperdument amoureux. Le monde si parfait d’Irène s’écroule. C’est l’humiliation. Cependant, Irène n’est pas une pauvre victime. Au fil des pages, le lecteur apprend qu’en terme d’infidélité, cette femme n’est pas de reste. En vérité, elle s’est mariée sans pour autant éprouver de l’amour pour son époux qui lui a voué un amour inconditionnel. De plus, ce dernier est méprisé par sa belle-mère qui voit dans ce mariage une mésalliance. En effet, Irène est issue de la bourgeoisie alors que son mari est considéré par sa belle famille comme un parvenu.

Mais Irène n’est pas à bout de ses surprises. En effet, elle apprend au même moment qu’elle est le fruit d’un amour éphémère entre sa mère et un jeune juif. Ce dernier a été déporté avec sa famille.

Irène part à la recherche de ses origines…

Sous un autre jour de Jens Christian Grondahl est un roman axé sur une analyse assez fine de la personnalité d’Irène. Son intrigue met en exergue le désarroi d’Irène et ses errances psychologiques liées à un mariage sans amour et une vie bourgeoise bien ennuyeuse. Irène revient sur son passé et analyse ses actes et ses manquements. Elle scrute sans concession sa relation avec son mari et montre par la même occasion sa face cachée et son intimité douloureuse.

Cependant, le roman reprend des thèmes (Seconde Guerre Mondiale, filiation cachée, non dits familiaux…) trop souvent traités dans la littérature occidentale pour provoquer de la surprise.

En conclusion, Sous un autre jour se laisse lire. C’est un roman honorable, d’assez bonne facture mais il n’y a rien de neuf sous le soleil


Roman traduit du danois par Alain Gnaedig
Editeurs : Gallimard, 2005
372 pages
21 €

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Le jardin de l’aveugle de Nadeem Aslam


Chronique d’Abigail

Nous sommes au coeur du Pakistan.
Le jardin de l’aveugle c’est celui planté par le vieux Rohan. Ce lieu, métaphore transparente des origines, hommage à la Création et à son harmonie, référence à la patience du jardinier, à sa méticuleuse quête de beauté dans la composition et l’entretien d’un jardin, représente l’ouverture du roman de écrivain  Nadeem Aslam.
Il focalise des thèmes essentiels dont l’hommage poétique rendu au Vivant qui caractérise l’oeuvre de notre auteur. La sensibilité à l’équilibre, aussi fragile que parfait, d’une nature vibrante, posée en témoin des hommes, court entre les lignes. Les personnages se relient à une immensité plus grande qu’eux, le jardin est un axe du monde. De même, les oiseaux, véritables personnages, messagers d’un ailleurs, participent du tableau de départ. L’harmonie des sens, les parfums exaltés, l’opulence des floraisons instaurent l’image d’un microcosme, reflet d’une vision du paradis.
C’est aussi un refuge, un espace dédié à la Paix, un lieu qui fût une école, dispensatrice d’ un rêve de tolérance et de savoir pour ses deux co fondateurs, Rohan et sa défunte épouse Sophia. Rien ne saurait entraver l’intégrité de ce Jardin mausolée, carrefour des fidélités aux défunts. Dés les premières pages, la nuit tombe peu à peu, annonce la cécité à venir qui ne laissera en Rohan que le souvenir du lieu tant aimé. Ce père, qu’une maladie oculaire dégénératrice condamne à la nuit, est tout autant jardinier, qu’homme de savoir. La nostalgie de l’épouse disparue et tant aimée plane sur le demeure et le roman. Artiste peintre, avide de représentations figuratives du monde et des êtres, son scepticisme, la perte  de sa foi navrent le coeur de Rohan qui redoute sa damnation.
Ce même jardin viendra clôturer le roman. A l’abri des frondaisons, dans l’ombre fraîche, les fantômes déambulent. celui de Sophia. Puis celui de Mikal, le tant aimé, dés lors que Naheed entrevoit son visage sur l’écorce des grands arbres. Cet amour fou, cette fidélité par delà la mort voilà un autre thème fondamental. Il représente ce fil qui relie morts et vivants, ce don de soi, cette tendresse oblative qui rend l’éclatement du monde supportable…
Dans cette petite ville du Pakistan où tout se sait, où chacun observe et épie son voisin avec plus ou moins de malveillance, une fièvre s’est emparée de la jeunesse. Celle de rejoindre l’Afghanistan, de participer au combat libérateur à l’encontre de l’occupant occidental.
Nadeem Aslam narre une quête. Un éveil. Celui du personnage  de Mikal, indirectement placé ici sous l’égide de l’Archange justicier, Michael. Le frère de Jao, l’amoureux fou de Naheed, épouse du même frère… Avec humanité et acuité, l’auteur peint la condition féminine dans ses contradictions et ses ambiguités, avec délicatesse et empathie.
Les deux frères ont rejoint les montagnes de l’Afghanistan. Sur fond géopolitique, l’écrivain conduit le cheminement de son personnage, Mikal, vers sa propre quête du juste. Un jeune léopard à ses côtés, symbole d’innocence, son parcours le mène de rencontres en obstacles, d’interrogations en risques assumés. Mikal, c’est le juste, le preux. Celui qui dépasse les clivages à la rencontre de cet Autre, l’ennemi, l’américain blessé trouvé en travers de sa route de montagne. Les paysages tortueux l’amènent à suivre sa seule voix intérieure. Personnage embrasé, il porte sans doute la vision de l’écrivain, irréductible à un camp, au delà des propagandes,  des facilités et raccourcis de la pensée.
Ce roman,porté par un ton romanesque, teinté de lyrisme, porte une voix humaine qui démonte la guerre annoncée des civilisations.
Il rappelle que nous sommes le miroir de chacun, semblables et opposés.
Dans le chaos désiré par certains demeure un éclat d’humanité, la voix du juste. Peut-être est ce là la signification de la cécité de Rohan?


Roman traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli
Editeurs: Seuil, 2013
412 pages
22,50 euros

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Le sang et le pardon de Nadeem Aslam


Entre lumière et ténèbres

Pour comprendre ce magnifique roman, le monde de trân s’est questionné sur le titre original et sur celui choisi pour la traduction française.

Dans l’édition originale, Nadeem Aslam choisit le titre The golden legend. Ce titre sera aussi celui du dernier chapitre du roman. Intéressons-nous à ce titre afin de comprendre la portée narrative de ce cinquième roman de Nadeem Aslam.

Le véritable sujet de La légende dorée est le combat que mène Dieu contre les esprits du Mal. Construit en 5 parties différentes, il procède selon l’ordre du calendrier liturgique et du cheminement de l’âme vers le Salut par la Grâce. C’est un livre très important pour le canon chrétien du 13ème siècle, date de son écriture. En consistance, les martyrs de la foi, par leur sacrifice et par leur amour oblatif pour Dieu et pour le Monde, démontrent l’impuissance des persécuteurs. C’est un livre dont se servent des prédicateurs pour étayer leurs sermons.

Dans le roman de Nadeem Aslam, il est beaucoup question du livre et des livres, sertis de fils d’or et d’argent. Ils représentent la Connaissance contre l’obscurantisme. Ainsi, le roman s’ouvre sur une aube teintée de quiétude : Argis contemple son époux Massud encore endormi alors qu’au loin, la mosquée appelle à la première prière. Les époux sont tous deux des architectes reconnus. Ils ont construit l’une des plus belles mosquées du Pakistan. Ce matin, ils vont avec d’autres personnes constituer une chaine humaine pour acheminer des livres rares vers la bibliothèque de leur ville Zamana. Or c’est sans compter sur la cruauté du destin : une fusillade éclate entre deux jeunes terroristes et un agent de la CIA. Massud meurt victime d’un tir croisé.

Le roman commence à cet instant où la vie de sa veuve bascule dans le chaos. Harcelée par le régime pakistanais qui la somme de pardonner à l’Américain, Argis résiste. Elle est aussi ennuyée par la partie adverse qui la pousse à demander vengeance. Pendant ce temps, la ville est soumise aux délations, à la violence d’un groupe fanatique qui terrorise la population et en particulier, la communauté chrétienne.

Face à la situation, Argis s’enfuit. Elle est accompagnée par Hélène, une jeune chrétienne et par Imran, un cachemirien.

Le sang et le pardon insiste sur ce dilemme qui déchire le cœur d’Argis. Nadeem Aslam nous narre l’histoire mouvementée de son pays d’origine. Avec son roman, il offre une nouvelle légende dorée qui insiste non sur un combat eschatologique mais sur la possibilité d’une rédemption, d’une grâce venue de la connaissance et de l’amour des arts et des sciences. La passion des livres, de la beauté du monde et le désir de bâtir des monuments permettent aux personnages d’échapper à la loi du Talion.

Nadeem Aslam, comme toujours, ne manque pas de souligner dans son roman le jeu complexe de la géopolitique qui façonne le Pakistan et ses relations avec l’Inde et le Cachemire. Dans un monde balafré par le sang et la mort, les récits de l’auteur sont traversés par une lumière radieuse : celle de la tolérance. La seule qui puisse maintenir et l’équilibre du monde et l’Espérance des temps meilleurs.


Roman traduit de l’Anglais par Claude et Jean Demanuelli
Editeurs : Seuil, 2018
366 pages
22 €

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