Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

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Portrait littéraire

Le lecteur se rappelle de  Clara Dupont-Monod pour son roman « La passion selon Juette », publié en 2007 où elle relatait l’histoire d’une femme qui se révoltait contre sa condition et qui progressivement entra dans la légende grâce à son inflexibilité et à sa  volonté de s’extirper de la mainmise des hommes sur sa destinée.

Dans « Le roi disait que j’étais diable », l’auteur réitère l’expérience. Elle met en scène un personnage historique, Aliénor d’Aquitaine,  duchesse, deux fois reines sur deux royaumes rivaux et mère d’un roi non moins légendaire, le fameux Richard cœur de  Lion, mort au retour de sa croisade à Chalus non loin de Limoges…

Le roman choisit de s’attarder sur la première période de la vie d’Aliénor, à savoir son mariage avec Louis VII, roi de France. La première partie du roman insiste sur les neuf années de vie entre les époux.  Elle s’ouvre sur la rencontre et le mariage entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine pour s’achever sur la deuxième croisade qui voit les époux royaux séjourner à Antioche auprès de l’oncle d’Aliénor. La deuxième est beaucoup plus brève. Elle relate en quelques lignes le retour en France après l’échec de la deuxième croisade avec la fin du siège de Damas et la rencontre de la reine avec Henri Plantagenêt, son nouvel époux et futur roi d’Angleterre.

« Le roi disait que j’étais diable » est un texte qui se focalise sur le personnage principal c’est-à-dire Aliénor d’Aquitaine. Mêlant l’Histoire à la fiction, l’auteur dépeint un personnage plein d’ardeur et d’ambition essayant de tenir son rang face à la cour de Paris : « Mon père, un colosse aux cuisses épaisses, plantées dans la roche. Ma mère, aussi haute que lui, aux épaules carrées. Le front ceint d’un ruban, elle avait noué ses cheveux avec des fils d’or. Les manches évasées de son bliaud touchaient le sol. En elle s’exprimait la force gracieuse des femmes de ma famille. J’avais sous les yeux l’incarnation parfaite de l’élégance et du pouvoir. J’en étais le fruit. J’ai su, à cet instant, que cet héritage serait lourd et que personne, dans ce royaume, n’était prêt à me l’accorder. Il me faudrait trouver ma place. Me faire accepter… » Aliénor prend tantôt les armes tantôt fustige le roi pour sa faiblesse et sa lâcheté. En effet, dès le départ, le lecteur assiste à la réunion de deux êtres que tout sépare. Louis VII est dans la parole et la réflexion. Destiné à la prêtrise, il a en horreur les armes et préfère la diplomatie aux bruits stridents des épées. Rivale de la reine-mère et de l’abbé Suger, elle entend jouer le rôle de conseillère du roi dans les affaires du royaume. Sa violence, son absence de réflexion et de stratégie et sa passion aveugle pour la force brutale fait d’elle une reine de son temps. Clara Dupont-Monod a préféré peindre un portrait peu flatteur de Louis VII alors que contrairement à son épouse, il représente la modernité. En avance sur son temps, il est plus un roi stratège qu’un monarque guerrier, à la force brute. Cette opposition entre les deux psychologies se reflète dans le choix de la structure romanesque. En effet, l’auteur met côte à côte la pensée d’Aliénor et celle de Louis VII, roi amoureux de sa femme sans être payé de retour. Le lecteur devient donc le seul détenteur des intentions des personnages protagonistes. C’est peut-être dans ce choix que réside la finesse de l’écrivain. Clara Dupont-Monod laisse au lecteur la liberté d’apprécier ou non la personnalité de cette reine. Ainsi, elle fait perdurer le mystère et la complexité d’une telle reine dont la figure est déjà sujet à polémique en son temps.

Le roman est appréciable aussi par l’évocation des cours de France et la pratique du fin’amor par des troubadours de langue d’Oc bien connus encore de nos jours.  Aliénor, reine mécène, amie des poètes et des artistes est célébrée ici comme la Domina rayonnante face au règne lunaire de Louis VII.

Il est vrai que  Clara Dupont-Monod a mis en garde son lecteur sur ses intentions romanesques. Elle s’intéresse non au personnage historique controversé mais à la figure littéraire générée par cette reine. L’Histoire laisse tant de zones blanches qu’elle permet la légende, mais aussi le roman. Dans celui-ci, les prises de liberté sont nombreuses. Les emprunts à la psychologie moderne ne manquent pas. Que les historiens ne jugent ces libertés ni blasphématoires, ni hors de propos ; mais bien le plein exercice de l’imagination qui s’enchante à combler les vides en prenant l’appui sur l’armature chronologique ».

En conclusion, c’est un roman qui se laisse lire. Un bon moment de détente  dont le style est correct sans prétention aucune. Autrement dit, pour un lecteur, aimant la littérature et amoureux du beau style, ce récit ne l’émeut ni ne provoque chez lui une joie littéraire. Je le suggère pour son aspect ludique, son caractère léger car il constitue un vrai intermède entre deux œuvres difficiles.


Editeur : Grasset
237 pages
18 €
Août 2014

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Cet article a été publié dans Littérature française, Rentrée littéraire 2014. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

  1. jostein59 dit :

    C’est effectivement son côté intemporel d’une histoire de couple qui m’a intéressée avec aussi un rappel historique non négligeable.
    J’avais déjà apprécié le style de l’auteur avec La passion selon Juette et Nestor rend les armes.

    J'aime

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