A la grâce des hommes de Hannah Kent

la grace

La curée

En 1828, l’Islande, alors sous la domination danoise, instruit un procès pour meurtre. Trois accusés sont condamnés à mort pour avoir tué sauvagement un fermier du nom de Natan Ketilsson qui habitait dans le Nord ouest de l’Islande à Illugastadir. Hannah Kent choisit de suivre Agnes Magnusdottir, l’une des trois coupables. En attendant son exécution, elle est détenue dans une maison de fermiers à Kornsa. Répugnés par son crime, les membres de cette famille ne veulent avoir aucun contact avec la criminelle. Seul, le sous révérend Totti est chargé de la préparer spirituellement à sa mort prochaine et à accepter la sentence des hommes.

A la grâce des hommes a des accointances avec le genre du roman historique. Hannah Kent, dans une note, précise qu’elle a effectué des recherches d’archives pour mieux comprendre le profil d’Agnes, femme intelligente et ambitieuse dans le 18ème siècle islandais. Son roman est proche de la thématique exploitée dans La lettre écarlate. En effet, l’Islande du début du 18ème siècle est une terre austère où la nature hostile oblige les habitants à travailler dur pour recueillir une faible pitance. La vie est rude. La misère guette les islandais courbés sous joug des colons danois. Hannah Kent, décrit à la perfection le traitement des enfants abandonnés et les morts de faim. Agnès elle-même est une fille de ferme, abandonnée par sa mère à la charité des fermiers du contrée. L’histoire n’est pas seulement inspirée d’un fait réel. L’auteure veut nous brosser le portrait d’une femme hors du commun. Libre, indépendante et fière, Agnes attire le courroux et la haine des villageois. Son crime est inscrit pour ces fermiers dans ses gènes: elle est une fille perdue qui a toujours voulu plus que ce que le destin peut lui donner: 

 »Ceux qui me regarderont verront une putain, une folle, une meurtrière, une créature qui rougit l’herbe de sang et rit à la gorge déployée, la bouche pleine de terre. Ils prononceront le mot « Agnes » et verront une sorcière, une araignée prise dans sa propre toile. Ou un agneau encerclé par des corbeaux, bêlant pour appeler sa mère. Mais ils ne me verront pas, moi. Je ne serai pas là. »

 Le roman de Hannah Kent a plusieurs mérites. D’abord, il décrit avec précision et recherche l’Islande du 18ème siècle, terre inconnue des européens du continent. Il met en exergue une nature inhospitalière des grandes plaines du Nord. La dimension sociologique est aussi esquissée car l’auteure s’attèle à décrire les couches sociales de l’époque avec une forte prégnance du monde rural et de ses traditions. Mais l’attention du lecteur est captée par le portrait d’Agnes qui illumine le paysage hivernal et crépusculaire islandais. La figure de cette femme rayonne et Hannah Kent, avec les éléments historiques et archivistes recueillis, décide de donner la parole à cette meurtrière dont la seule faute est de ne pas se soumettre à sa condition de femme islandaise du début du 19ème siècle. L’auteur veut restituer la vérité avec objectivité:

 » Bien que très utiles, certains (des) ouvrages et (…) articles se contredisent, et tendent à donner à Agnes l’image d’une sorcière inhumaine, attisant les pulsions meurtrières. C’est pour offrir aux lecteurs un portrait plus contrasté de cette femme que j’ai écrit ce roman. »


Traduit de l’Anglais (Australie) par Catherine Reignier
Editeur: Presses de la cité.

400 pages
21 euros
Paru depuis le 15 Mai 2014

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2 commentaires pour A la grâce des hommes de Hannah Kent

  1. jostein59 dit :

    Ce roman m’a fait penser à Nuage de cendres de Dominic Cooper. Même contexte, peut-être plus dense et moins d’attachement à un personnage. Agnès est un beau personnage. J’espère que l’adaptation cinématographique sera réussie.

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    • tran dit :

      Je n’ai pas lu « Nuage de cendres ». C’est une bonne idée que tu m’en parles. Je vais le réserver à la bibliothèque de ma ville. Quant à l’adaptation cinématographique de « A la grâce des hommes », je ne connais pas la distribution des rôles. Mais croisons les doigts…

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