Terre des oublis de Duong Thu Huong

terres des oublis

Être ou ne pas être …

Dans ce roman, deux thématiques émergent: le problème du devoir qui est ici lié à la condition féminine et une photographie en couleur de la société vietnamienne d’après guerre. Dans la tradition confucéenne, la société ne peut tenir que si elle est organisée et structurée en forme pyramidale. La question que pose le roman est: dois-je continuer à vivre ma vie présente auprès d’un époux que j’aime ou devrais-je obéir au devoir et pour cela retourner vivre ma vie avec mon premier mari que je croyais mort au combat et pour qui je n’ai plus aucun sentiment? Le personnage occidental aurait tranché la question. Cependant, le personnage féminin de ce roman est pétrie de principes confucéens nourris par des siècles d’histoire et lourdement ancrés dans l’inconscient collectif. Pour elle, l’individu doit tout au groupe. Son existence n’a de valeur que si elle est associée au destin collectif. De ce fait, elle est placée devant un dilemme de conscience. Or l’importance du roman est aussi un lent acheminement vers l’affranchissement du poids du groupe. La femme fera un choix définitif et prend conscience que son destin, sa vie et ses désirs dépassent les exigences morales d’une société traditionnelle. Elle le paiera bien sûr mais tout a un prix…
La problématique du roman est de se dire que les traditions sont nécessaires mais la société et le progrès ne peuvent se faire que si les individus se donnent le droit d’être égoïstes. Car l’individualité peut amener la collectivité vers l’innovation et par là même vers l’amélioration des conditions de vie. La figure qui l’incarne le mieux est le deuxième époux de Miên. D’ailleurs son prénom est Hoan qui veut dire « Noble ». L’auteur se focalise aussi  sur le destin de Bôn, le premier époux de Miên. A bien regarder, son sort n’est pas enviable. Son animalité, ses traumatismes liés à la guerre l’entraînent vers les bas-fonds. De la figure du « héros libérateur », il devient un fantôme, errant dans les cimetières. La guerre l’a détruit. Il est l’ombre de lui-même et cesse d’exister aux yeux d’une société qui maintenant le rejette car il fait partie d’un mauvais passé.

Au-delà de ces considérations de l’auteur, on peut saluer, à mon sens, son écriture charnelle et onctueuse lorsqu’elle décrit la femme vue à travers les hommes qui la chérissent. C’est aussi une écriture qui privilégie l’odorat et la vue lorsqu’elle peint l’art culinaire du pays ou de ces marchés.
Terre des oublis était très remarqué par le public occidental à sa parution. En effet, il constitue l’un des meilleurs romans de Duong Thu Huong.


Roman traduit du vietnamien par Phan Huy Duong.
Sabine Wespieser Editeur, 795 pages
Paru en 2007
29 euros.

 

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