Les collines d’eucalyptus. De Duong Thu Huong

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Les malheurs de Thanh

Les collines d’eucalyptus peut être lu à la suite de Sanctuaire du cœur publié en 2011 ou bien indépendamment de ce dernier.

Le récit fleuve de 800 pages se veut être engagé et psychologisant. En effet, le roman illustre le combat de l’écrivaine contre le Parti communiste de son pays. Comme à son habitude, Duong Thu Huong ne mâche pas ses mots et dénonce les décisions absurdes qui ont ruiné le pays de l’intérieur comme par exemple la plantation massive des eucalyptus conduisant à l’appauvrissement des sols. Ainsi, la population des collines est privée des ressources naturelles qui l’ont nourrie depuis des millénaires :

« La forêt sauvage laissa place aux plantations de thé, de coton, de canarium, aux vergers de kakis, de jacquiers et de pamplemoussiers.
La première fois que Thanh mit les pieds dans les Vertes Collines, la plupart de ces essences avaient été remplacées par des eucalyptus, parfaitement inutiles et qui se révèlent être de terribles destructeurs des sols. Cette décision imbécile émanait du gouvernement, personne n’avait donc osé la contester. L’ineptie dura vingt-cinq ans, le temps que le prestige de l’Etat se fissure et que son éclat se ternisse. Le peuple put alors émettre son avis. I
l fallut encore attendre sept ans avant que la presse n’en parle. »

L’attaque est frontale et sa verve assassine. Ainsi le lecteur peut-il encore savourer cet autre passage dans lequel l’auteure dénonce la déportation arbitraire au bagne des « boat–people » arrêtés dans les eaux vietnamiennes : « Outre des prostitués, des brigands, des contrebandiers, des violeurs et des dealers, on y trouve quantité de « boat-people », souvent de bons citoyens, bien intégrés dans la société, mais qui ne pouvaient plus supporter la vie horrible dans ce pays. Ils n’ont ni volé, ni exercé de menace sur quiconque, ni fabriqué des marchandises de contrefaçon, ils ne sont coupables d’aucun trafic, bref ils n’ont enfreint aucune loi de la morale humaine. Ils ont été emprisonnés pour la seule raison qu’ils haïssaient le régime communiste. » Cette virulente attaque à l’encontre de ses anciens compagnons –puisque Duong Thu Huong a été un membre actif du régime avant d’entrer dans la dissidence –lui a valu la prison. Elle en fait une profession de foi et ses œuvres portent en elles son engagement.

Mais Duong Thu Huong attaque aussi le rigorisme social vietnamien érigé sur les bases d’un confucianisme dépassé. Pour cela, elle se penche sur le sort des homosexuels au Vietnam. Le destin de Thanh et ses malheurs sont des conséquences directes de son penchant sexuel. L’homosexualité, lorsqu’elle est découverte, jette  l’opprobre sur la famille et le clan. Il en résulte un ostracisme pour l’individu si ce dernier vit à la campagne comme c’est le cas pour Thanh. Cependant, ce qui importe à Duong Thu Huong c’est la dimension psychologique. Elle s’intéresse à la découverte de l’homosexualité de son personnage masculin et les motivations qui vont tracer sa route et l’entraîner dans le meurtre et le bagne.

Les collines d’eucalyptus est l’odyssée de Thanh, il relate le bonheur de l’enfant puis la découverte sexuelle, l’apprentissage de la différence et le drame. Cependant, il aurait gagné en concision et en intensité dramatique si Duong Thu Huong n’avait pas décidé d’introduire de longues digressions sur la vie et la destinée des autres personnages satellites. Par ces interminables péripéties, l’intrigue s’essouffle et lasse par moment le lecteur. On sent une certaine baisse en terme de qualité dans ce nouvel opus. Loin d’avoir la vigueur de ses premiers romans comme Histoire d’amour racontée avant l’aube ou paradis des aveugles ou encore Myosotis, Les collines d’eucalyptus n’a plus cette force ni cette poésie qui tiennent en haleine le lecteur. La lecture comparée à ses chefs-d’œuvre comme Roman sans titre et Au zénith est ardue, laborieuse et parfois ennuyeuse. Espérons que Duong Thu Huong nous offrira dans le futur une  intrigue plus percutante comme elle le faisait encore naguère.


Traduit du vietnamien par Phuong Dang Tran.
Editeurs : Sabine Wespieser, 779 pages.
29 €
Parution: 2013

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