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Chronique des années d’apprentissage

Une jeune fille et un jeune homme se rencontrent à Berlin en 2003. Ils se trouvent que leurs parents étaient des amis quand ils étaient au King William, un lycée réputé de l’Angleterre dans les années 70. Les jeunes gens voient là une occasion pour échanger leurs impressions et pour comprendre cette époque si lointaine pour eux.

C’est ainsi que commence le récit de Jonathan Coe. Le départ est très simple, banal et presque un cliché de la littérature: « Par une nuit étoilée de l’année 2003, sous le ciel limpide de Berlin, deux jeunes gens s’apprêtent à dîner. Ils s’appelaient Sophie et Patrick« . Cependant, il ne faut pas s’attarder sur la première impression. En effet, ce qui intéresse l’auteur est ailleurs. Le récit démarre et immédiatement, le lecteur, passé les premières pages, se retrouve plongé dans l’univers des années 70. Jonathan Coe choisit d’ériger son roman sur une narration à segmentation. Il s’intéresse à une bande de jeunes adolescents hétéroclites car composée de jeunes hommes venus de tous les horizons sociaux. Il y a Benjamin, fils d’un cadre et ses amis Doug Anderton, fils d’un puissant représentant syndical et Philip Chase. Ces garçons gravitent autour des comparses tels que l’affreux Culpepper, le farceur Harding et Steve Richards, le seul élève noir de l’école. Et autour d’eux, évoluent les filles, Claire, Emily et la belle Cicely, autant de créatures qui captivent le regard fasciné des garçons. Le récit s’attarde tantôt sur l’un tantôt sur l’autre. Jonathan Coe n’omet pas l’histoire de leurs parents et le mur infranchissable des générations. Ceci renforce encore plus le sentiment de solitude des garçons qui ne peuvent compter que sur les pairs. Ils forment alors un monde à part avec ses codes et ses secrets.

L’histoire débute en 1973 et se termine vers la fin des années 70 (comme l’atteste la lettre d’Emily à Claire datée de l’année 1981). Au travers des déboires, des tribulations des personnages et de leurs tiraillement intérieurs, Jonathan Coe fait émerger une époque où l’Angleterre est secouée par les crises sociales et par les incessants conflits avec l’IRA. L’attentat dans une taverne de Birmingham entrainant la mort du fiancé de Lois, la soeur de Benjamin démontre le climat de violence que vivait le pays. Mais c’est aussi l’époque de la musique punk qui est ici exhumée de l’oubli.

 Cependant, il y a toujours chez Jonathan Coe une atmosphère douce amère dans laquelle les êtres goûtent à la désillusion et aux rêves brisés. Avec une mélancolie certaine, l’auteur tente de saisir les transformations de ces jeunes hommes qui scrutent leur époque et qui tentent de trouver une place dans un monde où le bonheur et l’épanouissement semblent être plus que jamais incertains. On note toutefois une nette préférence de l’auteur pour la figure de Benjamin. Fragile, hésitant dans ses choix, introverti et sensible, Benjamin représente sûrement selon l’auteur une victime potentielle de l’Angleterre en mutation vers une économie de marché. 

La verve dénonciatrice n’est jamais loin et derrière un semblant de légèreté et d’humour corrosif, le récit s’offre comme un miroir au lecteur pour contempler l’époque présente au travers d’un monde déjà révolu.

 Rendez-vous est donc pris pour la suite et fin de cette chronique des années d’apprentissage avec « Le cercle fermé ». Nous retrouverons nos chers lycéens devenus des hommes dans les années 90.


Traduit de l’Anglais par Jamila et Serge Chauvin
Editeur Gallimard
Date de parution : 2003
544 pages
19,80€ et 8,40€ dans la collection Folio (2004)

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