La pluie avant qu’elle tombe de Jonathan Coe

pluie

L’empreinte du temps

Par une journée de fin octobre, Gill et son mari ramassent et brûlent les feuilles mortes du jardin. Un coup de téléphone vient bousculer l’existence morose et mélancolique de Gill. Sa tante, Rosamond, une vieille dame malade qui vivait recluse depuis des années dans sa maison vient de mettre fin à sa vie. Après l’enterrement de Rosamond, Gill est chargée par la défunte de retrouver Imogen et de lui remettre une confession enregistrée dans laquelle Rosamond prenait soin de raconter la vie familiale et les origines d’Imogen à travers vingt photographies minutieusement choisies.

La pluie avant qu’elle tombe est un roman extrêmement poétique et lyrique. Les émotions, bien que contenues dans cette voix d’outre-tombe égrenant les sourdes souffrances des femmes, possèdent une intensité dramatique sans conteste. Le roman a les couleurs de l’automne. Les regrets, les fautes commises, les violences données et reçues sont ici mis en exergue avec des termes subtilement choisis. Comme la destinataire de ce legs est aveugle, Rosamond s’efforce de décrire les photographies de familles et extirpe les zones d’ombre, les sourires forcés et les bonheurs factices pour qu’Imogen puisse à son tour pénétrer les affres de la passion des femmes qui l’ont précédée:

 « Mais le plus important, et je ne dois jamais l’oublier, c’est de te décrire la photo, pour t’aider à la voir. Alors, une fois de plus, je vais me contenter. »

Cette description minutieuse et fidèle fait de la narratrice et par la même occasion de l’auteur des peintres de la nature et de l’âme humaine. Les choix des adjectifs qualificatifs, des nuances de couleurs du ciel et de la terre sont abondants et revêtent le récit d’une teinte impressionniste.

 Le plus intéressant dans ce roman n’est pas seulement la virtuosité de son style sobre et riche mais aussi le traitement du destin selon Jonathan Coe. L’échec de la vie de ces femmes, Béatrix, Théa et Rosamond elle-même est selon l’auteur lié à une volonté qui les dépasse. Quelqu’un ou une force extérieure (le Destin? Le Hasard?) tire les ficelles et dévient ces personnages féminines de la voie du bonheur. Dans ce roman, le libre arbitre n’a pas sa place. Béatrix tout comme Théa ou Rosamond n’ont pas réellement de volonté propre. Leurs gestes suivent un schéma répété et ce, jusqu’à l’instant fatal qui fait basculer les vies.

La pluie, avant qu’elle tombe est un roman sombre et pessimiste car les êtres ne peuvent influer sur leur destin et que le libre arbitre est un leurre. Ainsi, Gill a beau essayé de détourner le cours des choses, elle n’y parvient pas. Un génie efface de sa mémoire le chemin sinueux pour y arriver:

 « La réponse était là, à portée de main. On lui offrait une chose précieuse entre toutes, une révélation suprême. Il y a un sens à tout ça… 
(…) et dans cet instant qu’elle prolongeait elle sentit la révélation se dérober, s’évaporer, disparaître; désespérée, elle vit cette promesse lui glisser à tout jamais entre les doigts. » 

L’histoire est en train de se répéter. Ce que Gill n’a pas su se défaire, sa fille va peut-être devoir le payer. Mais ça, c’est une histoire…


Traduit de l’Anglais par Serge Chauvin et Jamila Ouahmane Chauvin.
Editeur Gallimard
256 pages
Date de parution : 2009
19,80 € ou 7,40 € (Collection Folio)

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