Sommeil de Haruki Murakami

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Le grand paon de nuit

La nouvelle Sommeil ouvre grand la porte des perceptions permettant ainsi au protagoniste d’explorer les tréfonds de son coeur. Il s’agit ici d’une femme, trentenaire, mariée à un dentiste et femme au foyer. Elle mène une vie mécanique. Inlassablement, elle répète son rôle d’épouse modèle et de mère aimante à la perfection. Cependant, la structure narrative est dans un état limite, elle est au frontière du fantastique et des mondes flottants. C’est que Haruki Murakami n’entend pas s’arrêter là ses investigations. Alliant avec virtuosité le fantastique et la psychologie des profondeurs, il veut démontrer à cette femme que son insomnie est une réaction psychosomatique traduisant un malaise dans « la civilisation domestique ». Et c’est tout le Japon traditionnel, la routine engendrée par un mariage, l’automne des sentiments qui sont ici convoqués et critiqués. Et puis, fait étrange: cette incapacité à dormir ne détruit pas le psychisme de l’héroïne. Au contraire cela renforce sa lucidité et provoque avec délectation sa rupture avec le réel. Le cauchemar annonciateur des nuits insomniaques n’est qu’un avant-goût avant la chute qui vient constituant ainsi l’apogée de l’art « fantastico – tragique » de l’auteur japonais.

 Différentes lectures sont possibles. Le lecteur peut concevoir le récit comme une autre façon de mener l’adultère jusqu’au bout sans être emporté par la passion telle qu’elle est vécue par Anna Karénine ou Emma Bovary. On peut aussi interpréter les réactions de cette femme sous l’angle de la psychanalyse. Le cauchemar de la femme aurait intéressé le bon vieux Freud tant qu’il recèle de secrets et désirs inavoués et inavouables. L’introspection ici est menée de façon tranchante: l’auteur dissèque sans pitié son personnage jusqu’à le retourner totalement. On comprend alors mieux la scène finale où la femme capitule et se laisse « bercer » par les secousses de la voiture. Dehors, les ombres planent… La nuit est profonde comme le suggère si poétiquement les illustrations de Kat Menschik.


Traduction de Corinne Atlan
Illustrations par Kat Menschik.
Editeur 10/18 Collection « Domaine étranger »
Parution 2011
8,40 €

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