La famille Middlestein de Jami Attenberg

middletsein

Portrait d’une famille américaine moyenne

Que se passe-t-il dans la famille des Middlestein ? Edie, la mère, devient le centre des préoccupations de ses proches. En effet, Edie est victime de son obsession. Depuis enfant, elle a toujours été attirée par la nourriture. Elle ne consomme pas de la nourriture. Elle ne mange pas. Elle se gave de tout ce qu’elle trouve. Mangeuse compulsive, gaveuse obsessionnelle. Elle se lève avec l’odeur de la nourriture. Elle dort avec le ventre bien tendu. Sa vie est conditionnée par la quantité de nourriture qu’elle peut absorber. De ce fait, elle est devenue avec les années, obèse. Ceci a des conséquences sur sa santé. Dès l’ouverture du roman, le lecteur est alerté par le nombre d’opération qu’elle doit subir. L’issue peut être fatale car Edie frôle les 150 kg. Et depuis, rien ne va plus. Ses enfants son consternés par son insouciance et son indifférence devant la gravité de la situation. Sa belle-fille Rachelle, figure de la bonne élève, l’ange sauveur est choquée par tant d’égoïsme : « Elle frisait les cent cinquante kilos. Et risquait la mort à chaque instant si elle ne modifiait pas son régime alimentaire et ne s’astreignait pas à pratiquer un sport quelconque (…) Le pontage coronarien qu’ils avaient envisagé deviendrait bientôt inévitable. Seigneur ! Combien d’opérations lui faudrait-il subir avant qu’elle se décide à agir ? N’accordait-elle aucune valeur à sa propre existence ? C’était invraisemblable« . Comble du malheur : Richard Middlestein profite de ce moment pour quitter son épouse. Ce départ, ressenti comme une désertion par ses enfants ouvre la brèche et montre à la face du monde les imperfections de cette famille américaine moyenne. Le lecteur découvre le ratage du mariage des parents, les névroses de Robin, leur fille et les souffrances endurées par le faible Benny, son frère, mari soumis de Rachelle, une pro du bio et de l’anorexie…

La famille Middlestein n’est pas seulement un roman brossant un portrait caricatural d’une famille américaine de la classe moyenne. Plus encore, sous le masque de l’humour corrosif, Jami Attenberg soulève une problématique que rencontrent actuellement les sociétés industrielles  à savoir leurs rapports ambivalents avec la nourriture. Selon l’auteure, ces personnages ne mangent pas. Ils ne déjeunent ni ne dînent, ils consomment avec compulsion car c’est le seul moyen pour enrayer un manque, une absence de contact physique et communicationnel. Dans son roman, le lecteur est surpris par l’immense solitude des personnages. Edie « bouffe » et se « gonfle » comme un ballon d’autruche. C’est sa façon de remplir les vides existentiels et  de camoufler sa souffrance. « Elle baissa les yeux sur le fracas de papier, de cartons froissés et de jouets en plastique entassé sur la table. Elle ne savait même plus à quoi ressemblait son popotin. (…) Il y avait si longtemps qu’elle n’avait pas osé se regarder dans un miroir. »

Rachelle fait de la rétention. Constamment dans la discipline, elle représente l’autre extrémité du même mal.

La famille Middlestein questionne sur le rapport entre les individus et pointe le doigt sur un malaise dans la civilisation technologique et post industrielle : le manque et le désir de l’autre. La nourriture devient un artéfact, une somatisation d’une névrose collective engendrée par la solitude de l’être face au consumérisme forcené des années 2000.

La famille Middlestein est un roman magnifique dont la prose nous tient entre le rire et les larmes. L’humour et le burlesque sont toujours là pour sauver la mise malgré une critique virulente de la société aseptisée et consumériste à l’extrême. L’être se confond avec l’avoir et Edie se surprend à se définir comme un ventre bien rempli et bien tendu… car « la nourriture offrait la meilleure cachette qui soit »


Traduit  de l’Américain par Karine Reignier-Guerre.
Editeur : Les Escales, Août 2014.
296 pages
20, 90 €

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