Le bruit des choses qui tombent de Juan Gabriel Vasquez

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A l’ombre de Pablo Escobar

Un fait divers actionne le mécanisme de la mémoire chez le narrateur, protagoniste de l’histoire, Antonio Yammara. Ce dernier, à l’aube de ses 40 ans, se souvient d’un événement tragique qui a marqué sa vie et sa relation avec un homme étrange Ricardo Laverde. 

Après avoir installé son récit, le narrateur remonte dans le temps et raconte au lecteur son amitié avec Ricardo et l’assassinat de ce dernier. Dans ce meurtre en plein centre ville de Bogota, le narrateur a lui aussi failli perdre la vie puisqu’il se tenait aux côtés de cet homme dont il connaissait à peine et à qui il entretenait une relation amicale toute particulière. L’obsession et la paranoïa post traumatiques le poussent à comprendre les motivations et les causes de la mort de cet ami si étrange.

Relatée de la sorte, cette histoire peut s’apparenter à une banale enquête de vérité. Mais seulement en apparence. En effet, l’auteur, par ce biais, étale sous l’oeil attentif du lecteur trois décennies de l’histoire de la Colombie. Il évoque les fragilités politiques du régime colombien des années 70 favorisant ainsi la montée en puissance des narcotrafiquants dont le célèbre Pablo Escobar et son cartel de Medellin. Les personnage sont nés sous cette ère de déstabilisation, de guerres d’influence et de territoires:

« j’aimerais savoir combien d’entre eux, nés à la même époque que Maya et moi, au début des années 1970, ont connu une enfance paisible, protégée en tout cas sans trouble, combien sont devenus des adolescents et sont entrés craintivement dans l’âge adulte tandis qu’autour d’eux la ville s’enfonçait dans la peur, le fracas des bombes et des coups de feu sans qu’aucune guerre ait été déclarées« .

Plus encore que ce meurtre, la jeunesse du narrateur a surtout été marquée non par un événement culturel quelconque de grande importance mais par le crash d’un avion tuant de multiples victimes et par la visite de la résidence prestigieuse d’Escobar, l’Hacienda Napoles. Ces événements sont symboliques puisqu’ils stigmatisent l’ébranlement du régime politique et la toute puissance des seigneurs de la drogue.
 Ces souvenirs marquants montrent aussi que le protagoniste a été habitué, malgré lui, à la violence.

Les souvenirs du protagoniste permettent aux lecteurs de mieux comprendre le titre du roman. Le bruit des choses qui tombent désigne le crash des avions explosés en plein vol par Escobar et ses sbires mais aussi celui qui entraîne la mort de la femme de Ricardo « C’est le bruit des vies qui s’éteignent, mais aussi celui d’objets qui se brisent. Le bruit des choses qui tombent, un bruit interrompu et par là même éternel, un bruit sans fin qui continue de retentir…« . Le choix de ce titre peut être considéré comme allégorique car c’est le bruit de la chute de la ville dans un abîme sans fond de violence. C’est aussi le bruit de la chute du corps d’Escobar criblé de balles en 1993 dans son fief de Medellin.

C’est un roman puissant retraçant les vicissitudes de l’histoire colombienne. Il a une qualité littéraire comparable à celui des Dénonciateurs écrit quelques années plus tôt par ce même auteur talentueux.

Le bruit des choses qui tombent montre les conséquences historiques sur la vie d’un homme brisé par le doute, la peur et la violence.
 L’héritage historique et les traumatismes qui secouent la Colombie ont finalement détruit la vie du protagoniste.


Traduit de l’Espagnol (Colombie) par  Isabelle Gugnon,
Seuil, 2012
293 p.
20 €. 

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2 commentaires pour Le bruit des choses qui tombent de Juan Gabriel Vasquez

  1. jostein59 dit :

    Il est dans ma PAL, j’aimerais bien l’en sortir cette année.

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    • lemondedetran dit :

      Effectivement, il est très bien. Je te le conseille. Mais si je peux te suggérer un ouvrage, c’est bien « La Havane noir » et surtout « Ton avant dernier nom de guerre ». Ils sont tous deux sublimes.

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