Le monde futur de Wang Xiaobo

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La résistance d’un intellectuel

Le monde futur est un récit qui se scinde en deux temps. D’abord, le livre s’ouvre sur l’histoire de « L’oncle ». Cet homme, décédé au moment où commence l’intrigue, a été  écrivain. Cependant ses œuvres n’ont jamais été publiées : « Mon oncle était écrivain, mais il n’a rien publié de son vivant ». Le narrateur, son neveu, est chargé d’écrire une biographie de cet oncle : « (…) ils sont venus me voir et m’ont demandé de consacrer à mon honorable oncle une biographie. » Et c’est l’occasion pour le narrateur de commenter l’histoire de vie de son oncle et particulièrement ses relations avec les femmes. C’est aussi une opportunité pour ce biographe de mettre en exergue ses propres émois sexuels face à sa tante pour qui il nourrit passion et fantasmes érotiques. Raconté sur le mode de la dérision et de l’humour, la biographie est immédiatement condamnée. Loin d’une narration classique, le livre choque par ses références sexuelles. Le narrateur est accusé de pornographie et devient à son tour un être nuisible à reconditionner.

La chute du narrateur constitue le deuxième volet du roman intitulé « Moi –même ». Il est alors dépouillé de ses richesses et de son ancienne vie. Devenu un homme « à réinsérer », il vit alors l’envers du décor. Humilié, maltraité, il vivote grâce à un petit salaire de misère jusqu’au jour où…

Le monde futur est un récit qui porte haut les valeurs hédonistes et la rage de vivre des personnages. Cependant, l’amour de la vie et de la jouissance est considéré comme un acte de non soumission face à un état totalitaire. Wang Xiaobo met ici en lumière la condition de vie des intellectuels sous le régime communiste des années 80-90. L’absurdité des situations, la lourdeur administrative et la violence faite à l’individu sont décrites avec une virtuosité sans pareille. Le traitement des intellectuels n’est pas non plus oublié par l’auteur. Notre personnage subit des pressions et des autocritiques qui vont le conduire à devenir « écrivant » pour le régime. Il va écrire pour le compte du gouvernement jusqu’à vider la littérature de sa substance, jusqu’à  être dégoûté de lui-même :

« (…) je suis même autorisé à écrire des livres comme avant, des livres comme Mon oncle voire des livres encore plus obscènes, à condition que je ne les publie pas. Mais je n’ai plus du tout envie d’écrire des livres comme çà, je suis même devenu complètement réfractaire à l’écriture –après tout, n’est-ce pas le fait que j’aie voulu écrire quelque chose qui m’a conduit là où j’en suis ? »

Derrière les malheurs du personnage principale c’est la vie de Wang Xiaobo qui est évoquée, c’est sa vie d’écrivain qui a été piétinée au profit des idéologies totalitaires. Les dernières lignes sont comme des confidences de Wang Xiaobo chuchotées à l’oreille du lecteur attentif :

« Maintenant je sais que rien dans ce monde ne pourra me servir de talisman. Si vous êtes encore jeune et si vous pensez que vous avez du talent, vous trouverez tout cela horrible. Mais après l’avoir véritablement vécu, je suis parvenu à la conclusion suivante : une fois qu’on a « commencé », il n’y a plus rien d’horrible dans ce monde. La seule chose qui me fasse encore une peur aujourd’hui, c’est la mort. Après la mort, je n’aurai plus rien à craindre. »

Wang Xiaobo s’est éteint en 1997 …


Roman traduit du chinois par Mei Mercier
Editeur : Actes Sud
190 Pages
20 €
En librairie depuis le 2 Octobre 2013

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