Une femme à 1000° de Hallgrimur Helgason

 9782258100336

La divine comédie selon Herra

Une femme à 1000° est un récit long de 633 pages. La narratrice Herbjörg Maria sent la vie l’abandonner. En effet, arrivée à un âge avancé, elle a perdu toute fonction vitale et reste clouée sur un lit de fortune dans un garage à attendre la mort. Cependant, ce n’est pas une femme passive ni fataliste. Depuis toujours, elle a gardé près d’elle une vieille grenade datant de la seconde guerre mondiale, cadeau offert par son père, un ancien SS. Ce « bijou » est pour elle une solution pour partir en toute beauté.

« J’ai toujours entendu dire que les grenades se délectent d’un sol de pierre. Oh oui, comme il serait délicieux de quitter ce monde dans un boum et de laisser poussière et ruine envelopper les miettes de viande de mon corps. En attendant de m’envoyer en l’air, je m’autorise à dérouler le fil de ma vie« 

Profitant de ce laps de temps qui lui est accordé, le lecteur pénètre dans l’univers de la narratrice, surnommée Herra pour découvrir sa vie hors du commun. Herra a tout connu. Petite-fille du premier président de l’Islande, elle a vu son père se brûler les ailes pour Hitler. Elle a été une enfant errante, perdue, orpheline dans les ruines fumantes de la seconde guerre mondiale. Violée, battue et maltraitée, elle a toujours su garder le cap et parvient à devenir une femme du monde entre deux déchéances. Digne descendante des héros picaresques qui ont peuplé le monde littéraire, Herra est une figure haute en couleur que rien ne choque ni ne désarçonne. Elle balaie d’un regard tour à tour cynique, critique et ironique plus de 50 ans d’histoire sans jamais se départir d’un rire tonitruant. N’épargnant personne et surtout pas elle même, le roman célèbre la vie, la comédie de la vie et surtout la mort.

La femme à 1000° fait référence au vœu de la mourante. Cette dernière veut s’anéantir dans le feu de l’incinération qui portera son cadavre à 1000° degrés. La vie a donc été un feu de joie pour cette vieille dame. Sa mort doit alors être à la hauteur. Car tout n’est qu’illusion et qu’à la fin, rien ne doit rester sinon cette simple vérité, une poignée de cendres et d’os.

Hallgrimur Helgason nous offre là un roman inclassable dans lequel l’auteur, la narratrice et le lecteur jubilent avec les mots et le langage. Prêtant sa voix à la narratrice, il entend dénoncer les erreurs coupables de l’Islande. Des pages sont à écorner lorsqu’il met en exergue la crise économique qui a frappé le pays en 2008 et l’incompétence, selon lui, des gouvernants.


Traduit de l’Islandais par Jean-Christophe Salaun.
Editeurs: Presses de la cité étranger.
640 pages.
23 euros

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