Les fugitives de Alice Munro

les fugitives

Too much life

Les fugitives est un recueil de 8 nouvelles. Chacune célèbre à sa manière le destin d’une femme qu’elle soit Carla, Juliet, Christa, Pénélope ou encore Eileen, Delphine ou Grace.

Alice Munro saisit sur le vif un instant de crise que vivent ses héroïnes. Ainsi, le lecteur assiste dans la première nouvelle à la décision de Carla de partir et de laisser en plant sa vie avec son époux. De même les interrogations intérieures de Juliet arrivent à un moment où la jeune femme éprouve un sentiment ambivalent teinté de regret et de nostalgie envers ses parents vieillissants.

 La prose de Munro s’attarde sur le détail car c’est dans les petites choses de la vie quotidienne que jaillissent le conflit intérieur, le monologue, des questionnements et la solitude des personnages face à leurs décisions et à leur destin. La description occupe donc une part belle dans son écriture simple, complexe et poétique. Tout est dans le non dit, dans le suggéré. Le mot est toujours bien choisi. Il est à sa place. Par sa précision, il donne une puissance, un souffle à ce recueil et le dépouille de toute superficialité sans pour autant enlever la tonalité poétique qui le traverse.



Les fugitives est aussi un texte puissant par son contenu. Alice Munro dénonce ici les existences étriquées et mornes. Elle entend décrire l’inégalité des relations homme-femme et la soumission de la femme face à un destin sans surprise et monotone. Contrairement à certaines auteures féminins de sa génération, elle dénonce la faiblesse et la lâcheté de certaines de ces héroïnes qui ont renoncé à se battre et à se forger une trajectoire de vie comme c’est le cas de Carla ou même dans une certaine mesure Juliet ou Grace. Face à une société traditionnelle, codifiée et normée, les personnages féminins de chez Alice Munro se débattent, se révoltent mais ne brisent pas pour autant les chaines qui les maintiennent dans une espèce de calme plat où rien ne se passe. Sauf peut-être Pénélope mais, là aussi, dans une certaine mesure…

Enfin, Les fugitives ne se lit pas en une après-midi car les intrigues sont complexes et le réseau des personnages est à ramification. Aussi, le lecteur peut voir dans les nouvelles d’Alice Munro des romans courts car le genre de la nouvelle est ici exploité avec virtuosité par la Dame canadienne. De plus, le récit de Juliet, son parcours de vie se prolongent sur trois nouvelles qui peuvent se voir comme des chapitres d’un roman.

Il est sans conteste qu’Alice Munro n’a pas volé son prix Nobel car face à des auteurs comme Philip Roth ou Joyce Carol Oates, ses productions ne sont jamais de qualité inégale mais toujours plus profondes et au plus près de l’Homme.


Traduit de l’Anglais (Canada) par Jacqueline Huet et jean Pierre Carasso.
Editions de l’Olivier
348 p
22€

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