La vocation de Cesare de Marchi

de-marchi

La vie secrète de Luigi, le sans pareil

La vie de Luigi est en apparence très simple et en même temps laborieuse. L’homme a la trentaine et travaille dans un fast-food de 17 heures de l’après-midi à minuit dans la ville de Milan. Après plusieurs emplois sans intérêt, Luigi plonge chaque jour les frites dans de l’huile bouillante. Le travail est répétitif et frustrant. L’atmosphère de l’endroit est moite chargée de gouttes d’huile qui s’incrustent dans la peau et sur la tête de Luigi. Son travail le dégoûte et en plus il ne parvient jamais réellement à se débarrasser de l’odeur de la friture. 

Cependant ce qui le tient en vie est sa passion pour le livre et pour la lecture. Notre personnage se délecte des aventures politiques d’Attila et de Charles XII, roi de Suède. Il se rend chaque matin à la bibliothèque de sa ville. Il étudie et prend des notes. Il aurait voulu continuer ses études mais la mort de son père et l’inconstance de sa mère ont contribué à mettre en échec sa poursuite d’étude dans le supérieur. L’espoir renaît lorsqu’un universitaire, professeur émérite lui promet une publication dans une maison d’édition connue. C’est la reconnaissance pour Luigi qui se remet ardemment à la tâche. Mais c’est sans compter sur l’ironie du destin. Luigi essuie de nouveau un échec. Dès lors, c’est la chute. Luigi va au bout de lui-même et de sa folie…
La vocation est un roman à l’écriture concise. Rien n’est laissé au hasard. Les détails de la vie quotidienne de Luigi telle que son étrange relation avec Antonella ou encore sa solitude concourent à expliquer sa chute… La fin du roman ne laisse aucun échappatoire à Luigi. Le monde lui tire sa révérence et l’étreinte de la femme aimée ne procure plus aucune saveur. Luigi est déjà loin. Il a déjà fait son choix…
La vocation est un roman qui flirte avec l’absurde. Il y a dans la destinée de Luigi un écho à celle de Sisyphe. Cependant, au delà de la dimension philosophique, Cesare de Marchi fustige notre monde moderne dans son indifférence à l’autre et dans le tout médical. Luigi est-il plus fou que les psychiatres qui l’entourent? Et quand bien même, la folie n’est-elle pas une forme de sagesse qui dérange notre monde trop uniformisé et trop aseptisé? 

Je recommande chaudement ce roman italien non seulement pour la complexité de son intrigue mais aussi pour son style. Un clin d’oeil encore à la qualité de la traduction.


Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli
Editeurs:Actes Sud
320 p.
23 €

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