Le rire orange de Leone Ross.

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Catharsis

Dans Le rire orange publié pour la première fois en 2001, la verve littéraire est plus violente et plus percutante que dans son roman Le sang est toujours rouge. La poésie est brutale et sombre teintée de sang et de folie. Il s’agit d’une histoire d’amitié dramatique entre deux enfants Mike, un garçon blanc et Tony, un garçon noir. Tous deux ont grandi dans le Sud des Etats-Unis au moment où la ségrégation faisait rage et où les Noirs Américains étaient en proie à la violence et au lynchage. Tony, enfant recueilli par Agatha, une femme noire métissée dont le visage a été déformée par une grande tâche orange va être témoin d’un massacre orchestré par le Ku Klux Klan dans le domaine d’Agatha et qui mettra fin à son enfance…

Le récit oscille entre le présent et le passé. Les incessants retours en arrière sont comme des projecteurs qui éclairent Tony, le personnage principal mais aussi le lecteur dans sa recherche de la vérité et dans sa compréhension des événements. En effet, Tony a grandi. Traumatisé par ce qu’il avait vu, devient fou. Il fuit la société des hommes et vit reclus dans les tunnels souterrains de la gare centrale de New York. Dans sa folie, il est obsédé par la figure d’Agatha, venue le tourmenter comme si elle incarnait des Erynies des temps antiques. Il entame alors une quête de la vérité afin que les événements refassent surface et l’aident à guérir de ses démons.

L’écriture est à trois voix. Il y a celle de Mike, celle d’Agatha et celle de Tony. Chacun raconte son histoire. Les versions convergent toutes vers l’instant suprême où tout bascule, vers cet instant où les membres du Klan embrasent le ciel de leurs torches, vers cet instant où la haine déferle sur la terre des gens de bien. La vérité, comme toujours avec Leon Ross, ne se révèle que vers la fin de l’histoire, dans les pages ultimes où la folie des hommes et celle de Tony sont à leur paroxysme. Dans le feu des incendies et des coups de feu, Tony revoit le visage d’Agatha dans les flammes, ses paroles et l’héritage qu’elle veut transmettre à la postérité:

« Elle voulait que nous écoutions son récit. Non seulement que nous l’écoutions, mais aussi que nous le racontions. Elle voulait que les gens sachent qu’elle avait vécu: qui elle avait aimé et pourquoi. Elle voulait qu’Eleanor le sache. Et peut-être, quelque part, Jamie savait-il lui aussi qu’elle racontait leur histoire. Une histoire malade, triste, et qu’elle ne pouvait pas modifier. Elle essayait de me dire de parler, et de le faire haut et fort. Elle m’a conduit dans cette crasse pour me donner la leçon que je n’avais pas intégrée. « 

Désenvouté, exorcisé par ce passé ramené à la surface Tony s’en va accomplir sa promesse et l’âme d’Agatha peut s’envoler, légère, vers les contrées où la douleur n’existe pas, vers le repos définitif.

Le rire orange est un récit qui s’apparente à une transe, à une danse vaudou effrayante et tragique dont personne ne s’en sort indemne pas même le lecteur. C’est l’un des meilleurs romans sur la condition des Noirs Américains depuis Beloved de Toni Morrison.


Traduit de l’anglais par Pierre Furlan.
Editeurs : Actes Sud, 2001.
256 pages.
20,30 €

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