Le sang est toujours rouge de Leone Ross

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Le choeur des femmes

Le roman qui se focalise sur l’histoire de quatre femmes. Il y a Mavis, la mère de Jeanette, il y a Jeanette et puis viennent compléter le quatuor Nicola et Alexandra. Chacune d’entre elle a dû quitter la Jamaïque pour arriver en Angleterre faire carrière. Nicola, une étoile montante du théâtre londonien partage un grand appartement avec Alexandra, une journaliste, bourreau de travail et Jeanette, la benjamine, étudiante en psychologie. Mavis est à part car elle appartient à la génération d’avant et a dû fuir la Jamaïque des années plus tôt. Son récit est écrit en italique car il est la clé de voûte pour comprendre le roman dans son ensemble. Chacune va raconter son histoire. Progressivement, chacune dévoile ses failles et faiblesses. Le lecteur se rend compte qu’elles sont sur la brèche. Cependant, leur vie bascule le jour où Jeanette est violée…

Dans ce roman foisonnant d’images magnifiques et de styles littéraires riches, le lecteur retient une phrase qui non seulement donne au roman son titre mais aussi constitue la trame du récit :

 « Regarde les choses en face. Quand je te coupe, le sang est toujours rouge. On est tous pareils. On n’est pas dans une compétition pour savoir lequel d’entre nous a la douleur la plus méritoire.« 

Reprenant une petite phrase dans un des morceaux interprétés par Prince, Leone Ross retrace la vie de ces quatre femmes de la génération des mères à celle des filles dans un style tantôt cru, tantôt rugueux, tantôt poétique. Loin de les « victimiser » et de faire de son roman un porte-parole d’un féminisme militant, l’auteur cède sa place et donne la parole à ses personnages féminins. Elle invite le lecteur à écouter leurs chants  -en particulier celle de Mavis- afin de comprendre leurs agissements, leurs passions, leurs faiblesses et leurs chutes.

Le sang est toujours rouge s’intéresse à de multiples thématiques: de l’enfance volée à l’identité fragmentée en passant par une relation fille / mère problématique. Avec finesse, l’auteur se penche aussi sur la condition des femmes jamaïquaines et la violence qui préexiste entre homme et femme dans cette société. Elle met en exergue aussi l’ambiguïté et la difficulté de vivre son identité. Ainsi, Nicola et Alexandra ne parviennent pas à vivre sereinement leurs relations avec des partenaires blancs. Le sentiment de culpabilité et de trahison empêche ces femmes de vivre ouvertement leur relation amoureuse. Elles veulent cependant s’affranchir de la servitude dans laquelle les hommes ont maintenu leur mère et paient alors un prix très cher pour ce cri de liberté. 

En conclusion, c’est un récit qui brosse des portraits de personnages attachants non seulement parce qu’ils assument jusqu’au bout leur revendication mais aussi pour leurs faiblesses et manquements.


Traduit de l’Anglais par Pierre Furlan.
Editeurs : Actes Sud, 2003.
370 p.
23,40 €

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