Lumière d’août de William Faulkner

lumière d'aout

Requiem for Christmas

Lumière d’août est un roman psychologique de même envergure que Crime et châtiment de Dostoïevski. C’est un roman – analyse des profondeurs de l’âme de Faulkner, auteur sublime et ambigu mais peut-être sublime parce qu’ambigu… Lumière d’août est la matérialisation du puritanisme, de la violence et de la question Noire de Faulkner. Il peut être considéré comme un roman – confession dans lequel l’auteur nous livre le portrait du Sud plus que jamais complexe, sans réel jugement. C’est à nous de nous arranger avec ces détails, ces informations et ces personnages.

Lumière d’août est cette lumière qui caractérise le Sud lorsque l’été commence à toucher à sa fin. La chaleur est plus que jamais suffocante et pour le corps et pour l’esprit: est-ce la chaleur, le soleil qui ont fait basculer l’équilibre du jour chez Christmas? Mais Christmas n’est pas Meursault. Les coups de pistolet de Meursault le campent dans le geste gratuit propre à un héros absurde dans le sens philosophique et camusien du terme. Le rasoir de Christmas qui tranche la gorge de Joan Burden suit une trajectoire précise, définie et préméditée. Comme il a été dit plus haut, cette chaleur rend l’oeil torve et le geste lent. D’ailleurs le film « Dans la chaleur de la nuit » la restitue admirablement. Cette chaleur réveille la moiteur des marais et amène moustiques et maladies. C’est à ce moment là que Léna, la femme trompée arrive dans un éclatant soleil et elle va servir de lien avec les autres personnages.

Le rideau se lève alors sur l’incendie de la maison de Miss Burden. On découvre son cadavre, égorgée et l’assassin, en fuite. C’est, le premier acte du roman: le crime. Mais ce n’est pas pour autant un roman policier. Quelque chose transcende le crime car

« (…) c’était certainement un crime de nègre, commis non par un nègre, mais Le Nègre; et ils savaient, ils croyaient et espéraient qu’elle avait également été violée, au moins une fois avant d’avoir la gorge tranchée et au moins une fois après« .

La haine de ce « Nègre Blanc » (Cf: Absalon! Absalon!) se concentre sur Christmas. Il est comme le dit le roman Le Nègre ». Dans la citation ci-dessus, suinte toute la peur du Sud pour l’homme Noir et pour son sexe. Il doit sûrement « violer » Joan Burden avant car elle est Blanche. C’est une équation logique dans le fantasme des hommes blancs du Sud: tout homme Noir, « mulâtre » ou « Nègre Blanc » est diabolique, lubrique et incube en puissance. Il obéit à une seule règle: dépraver la femme blanche, la rendre impure par sa semence noire et éradiquer la race blanche par le métissage. Il ne faut pas oublier que les Etats du Sud ont adopté une loi contre tout mariage mixte pendant la Ségrégation. De ce fait, on ne peut qu’aboutir à un dénouement tragique qui constitue le troisième acte de cette tragédie: la traque, la capture et l’émasculation de Christmas. Voici donc la scène :

« Quand les autres arrivèrent dans la cuisine, ils virent la table rejetée de côté et Grimm penché sur le corps. (…) ils virent que l’homme n’était pas encore mort et, quand ils virent ce que Grimm était en train de faire, un des hommes (…) se mit à vomir. (…) Grimm se releva d’un bond et lança derrière lui le couteau de boucher tout sanglant. « Maintenant, tu laisseras les femmes blanches tranquilles, même en enfer! » dit il.« 

Mais le lecteur n’aurait pas pu sonder le profil de Christmas si Faulkner avait fait l’économie d’un deuxième acte: celui de l’histoire de ce dernier. Son abandon l’a très tôt révélé à son identité de métisse. Mais le passé de Christmas est aussi lié à son adoption par les McEachern et par une éducation puritaine stricte le poussant à haïr les femme et le sexe (l’épisode avec le tube de dentifrice l’atteste). La morbidité érotique et la cruauté de Christmas sont exacerbées par Joan Burden, nymphomane avec qui il couche. Elle cristallise toutes ses phobies: sa haine de la femme, son dégoût pour le sexe et l’esprit de charité et de bienfaisance qu’elle incarne (comme pour expier la faute de ses pères comme elle l’explique à Christmas car le terme « Burden » ne renvoie-t-il pas au « fardeau » qui nous incombe et qui nous encombre?) et qui le culpabilise. Le lecteur reconstruit le puzzle de la narration et suit mieux la trajectoire du crime et son mobile. Il comprend dès lors que la mort est l’issue inexorable pour Christmas :

 » Mais l’homme (Christmas) par terre, n’avait pas bougé. Il gisait là, les yeux ouverts, vides de tout sauf de connaissance. Quelque chose, une ombre, entourait sa bouche. Pendant un long moment, il les regarda avec des yeux tranquilles, insondables, intolérables. Puis, son visage, son corps, semblent s’effondrer, se ramasser et, des vêtements lacérés autour des hanches et des reins, le flots comprimé de sang noir. »

C’est un roman magnifique, un vrai diamant noir de la littérature américaine…


Traduit de l’Américain par Maurice – Edgar Coindreau.
Editeurs : Gallimard/ Collection Folio.
1990
628 p.
Entre 6 et 9 €

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