La grande vie de Christian Bobin

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Le chant de la terre

La grande vie n’est pas un roman. Il peut s’apparenter à de la poésie car sa prose suit souvent des envolées lyriques d’une sublime beauté. Et pourtant, ce n’est pas cela non plus. Ouvrage littéraire incontestablement mais inclassable. En effet, le texte est surtout une ode dédiée à la merveilleuse magnificence du monde. 
Christian Bobin a l’oeil d’un peintre et les mains d’un sculpteur. En effet, il restitue avec précision ses scrupuleuses observations de la nature. Son vocabulaire est d’une incroyable richesse et pourtant il sait rester simple. Ainsi, son art descriptif est plus intense lorsqu’il suggère les émotions ressenties au contact de cette nature tant affectionnée. L’évocation par exemple de la goutte de rosée ou du hêtre superbement installé dans les prés donne la sensation au lecteur que la nature respire et sue au contact de ses doigts farfouillant la page.
 En voici quelques exemples:

 » Sur la vitre, une goutte d’eau. Je suis sur la barque lente des mots qui avancent vers vous. Je me dirige avec une perche de silence plongée de temps en temps dans l’eau du langage. Et je suis en même temps dans la cité de cristal de la petite goutte d’eau, à l’intérieur de laquelle se trouve aussi le cimetière où j’étais ce matin, avec les anges tournant sans bruits autour des gisants dans leur drap de marbre. »


 » Les fleurs du vieux cerisier jacassaient. Je rêvais de les emballer dans cette lettre et de vous les tendre en vous disant: tenez, voici un bouquet de l’éternel, des coups de sang dans le crâne en bois de Dieu, une incarnation de la lumière. »



L’ouvrage est en effet une confidence continue à son lecteur. C’est comme si Christian Bobin, trop heureux d’avoir goûté à ce bonheur si simple sans artifice ni superficialité se hâte de le partager avec nous. Il nous montre qu’une autre voie est possible. Au siècle de la possession et de l’avoir à tout prix, l’auteur nous invite à revenir à l’essentiel. Il nous pousse à considérer le monde avec un autre regard. L’infiniment petit, l’insignifiant constituent des beautés originelles et éternelles qui peuplent le monde et qui lui donnent ses couleurs. 

L’éphémère telle que l’apparition de ce petit merle au bord de la fenêtre de la maison de l’auteur suffit à réveiller un bonheur et une quiétude qui donnent sens à une vie oscillant entre la rudesse et la mort.


 »Cher petit merle, j’aurais voulu t’écrire à l’instant de ton apparition (…) Dix secondes et tu as filé au ras de l’herbe jusque dans le bois, à l’autre bout de mes yeux. Le passage devant la fenêtre d’un ange en robe noire ne m’aurait pas mieux apaisé. »



La grande vie est écrit avec simplicité. Ses phrases sont traversées ici et là par de grandes métaphores et comparaisons rehaussant le prestige de la vie noyée dans la torpeur et l’ennui. Lire La grande vie est un acte apaisant. Il ramène le lecteur vers l’essentiel. Il calme ses angoisses de la mort et de la vie. Il lui donne quelques heures de répit en lui offrant à la portée de ses yeux l’immensité du monde fait de petites choses insignifiantes et qui pourtant rendent la vie tolérable.

La grande vie célèbre aussi les grands écrivains qui ont contribué à célébrer le chant de la vie. L’ouvrage réserve une part belle à la lecture. Elle ressuscite les êtres et les choses qui se sont assoupis ou qui se sont évanouis sous le poids des ans:

« J’entendais des voix. J’ouvrais le livre et j’entendais des voix. Des gens se parlaient par-dessus ma tête, s’interpellaient. Ils étaient morts depuis cinq siècles et ils échangeaient des nouvelles comme deux voisins par dessus un muret« .

La grande vie mérite d’être lu. Il peut devenir un guide, un livret de méditations pour un amoureux fou de la nature, un marcheur acharné ou un hédoniste aimant se prélasser le soir près de l’âtre…


Editeurs : Gallimard
122p
12,90 €

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