Gatsby le magnifique de F.Scott Fitzgerald

gatsby-le-magnifique-415883

Vanité des vanités, tout n’est que vanité.

Lorsque F.Scott Fitzgerald écrit son roman, il a déjà connu la célébrité. Cependant avec Gatsby le magnifique, il est consacré comme l’écrivain porte-parole de la génération perdue. Cette « fameuse génération perdue qui accède à l’âge adulte entre l’armistice et le krach de Wall Street » comme le dit Antoine Blondin dans la Préface de l’édition de Poche de 1994 bénéficie d’une part belle tout au long du roman. En effet, nous sommes au lendemain de la guerre, thème qui va tisser l’arrière fond de l’intrigue. Face à l’horreur de la première guerre mondiale s’ensuit une rage de vivre. Celle-ci devient dévoratrice, elle consume tout car elle est insatiable comme si la vie, prisonnière de ses envies lors des batailles, décide de prendre sa revanche. Par conséquent, les villes se transforment, les êtres hypnotisés par le faste se jettent corps et âme dans une danse dionysiaque, orgasmique pour célébrer et sacraliser ces aubes nouvelles, porteuses de promesses. Et où mieux que New York ou plutôt Long Island pour planter le décor de cette frénésie?

Avec Gatsby le Magnifique, le lecteur est plongé dans cet univers, dans ce paradis artificiel où l’or, le luxe et le champagne jaillissent à flots éblouissant la vue comme dans un rêve. L’auteur se réserve le droit d’offrir deux grands chapitres uniquement centrés sur la description, d’abord des personnages puis des lieux. Il étale l’opulence, l’excès des demeures. Il brosse ensuite les esquisses des personnages. En effet, pour insister sur le vide, l’artifice des protagonistes comme Daisy ou Tom, F.Scott Fitzgerald opte pour une focalisation externe. Adepte du behaviorisme, l’auteur se contente de les montrer de loin sans pénétrer dans leur psychologie. Ainsi les discours de Daisy qui se veulent profonds deviennent vides de sens et sonnent creux. Ils ne méritent alors que le sarcasme de Nick Carraway, le narrateur. Ce dernier dans le roman est l’un des plus intéressants. Il sert d’intermédiaire, de pont entre le lecteur et les riches habitants de Long Island. Tout comme le lecteur, Nick observe et découvre un monde qui lui est totalement inconnu. Les fêtes somptueuses données par son voisin invisible et la richesse ostentatoire de la haute bourgeoisie américaine incarnée par Tom et Daisy éclaboussent tour à tour la région.

 Par cette intention d’introduire le descriptif dès le début du roman, l’auteur souhaite ‘d’éduquer » le lecteur à la patience. Gavé de fêtes somptueuses et de rumeurs sur Gatsby, alerté par la vacuité des Buchanan, le lecteur est prêt à accueillir Gatsby et le comprendre. Il n’apparaîtra qu’au troisième chapitre. La subtilité de l’auteur réside dans sa réussite à magnifier Gatsby tout en l’enveloppant d’une aura sulfureuse et de mystère. Dans le flot des lumières, des fêtes, des musiques; dans les crépitements et les bulles de champagnes, surgit Gatsby, le maître des lieux, le chef – d’orchestre. Il distrait les foules sans être distrait. Il est au coeur de la fête sans y participer. Profondément seul, s’extirpant du néant par sa seule intelligence et sa capacité d’adaptation, Jay Gatsby est hypnotisé par la niaise Daisy, son fatum, son étoile de malheur. Pour elle, il se hisse jusqu’au firmament. Pour elle, il s’installe de l’autre côté de la baie d’Hudson, en face de sa propriété pour mieux la contempler. Cependant, cette baie qui sépare les deux demeures symbolise le Styx. A cause d’elle, Jay Gatsby devient la victime expiatoire de ce beau monde égoïste. La dimension tragique de Gatsby se révèle dans cette pureté qu’il a su garder malgré l’inconstance du monde. Au contact des êtres comme Daisy et Tom, Jay Gatsby se brise en mille morceaux:

 » C’étaient des gens négligents, ils brisaient choses et êtres, pour se mettre, ensuite, à l’abri de leur argent ou de leur vaste négligence, ou quelle que fût la chose qui les tenait ensemble, en laissant à d’autres le soin de faire le ménage.« 

Sans avoir cette profondeur analytique de son troisième opus Tendre est la nuit , Gatsby le magnifique est un roman peu volumineux mais au style concis, imagé et musical. Cette musicalité est manifeste lorsque le lecteur se plonge dans la version originale. Voici le passage le plus évocateur :

 » There was music from my neighbour’s house through the summer nights. In his blue gardens men and girls came and went like moths among the whisperings and the champagne and the stars. »

Le lecteur ne peut qu’apprécier les chuintants et les sifflants qui suggèrent le frou frou des robes, le glissement des pas qui dansent mais aussi un certaine mélancolie…

La redécouverte de ce roman est lié à ses multiples adaptations cinématographiques. La plus récente est l’actuelle réalisation de Baz Luhrmann. Le film est inégal par endroit. La volonté d’épouser et le dialogue et la description des fêtes a rendu le film extrêmement maladroit à la limite du regardable. Cependant force est de constater que que le casting est très intéressant surtout avec un Leonardo di Caprio en Gatsby. Il campe dans un rôle plus flamboyant et plus virulent que celui joué par Robert Redfort. De même les costumes respectent les modes de l’époque. Quant à la bande son, elle est tout simplement magnifique. La musique est tantôt énergique, tantôt lancinante. Elle fait écho à la musicalité du roman. Mais dans l’ensemble, il faut reconnaître que par une entrée en matière ratée, le film est inégal quant à sa qualité.

En conclusion, il s’agit ici d’une perle de la littérature américaine. Et si le film permet de découvrir ce roman, alors ce ne serait pas une perte de temps.


Traduit de l’Américain par Victor Llona
Editions : Grasset, « Le livre de poche »
1994
Entre 7 et 8 €

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature américaine. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s