Les cinq rêves du scribe de Bahiyyih Nakhjavani

cinq rêves

La fin d’un monde

Dans Les cinq rêves du scribe, Bahiyyih Nakhjavani s’intéresse à une période de l’Histoire du monde qui est souvent passée inaperçue ou seulement connue des érudits: la fabrication du papier à l’échelle industrielle et l’essor de l’imprimerie dans le 19ème siècle européen. Ces événements ont une répercussion très importante sur le reste du monde, à savoir le Moyen Orient et ses royaumes essentiellement l’empire Ottoman et la dynastie des Qâdjârs.

La venue des papiers occidentaux, fabriqués autrement par des industriels sonne la fin d’un monde, celui des scribes. Ainsi, le livre retrace le parcours d’un scribe itinérant qui, n’ayant plus de travail auprès des Qâdjârs, fait route vers des régions plus éloignées afin de monnayer son art de calligraphie auprès des puissants. Au travers de ce récit, c’est la fin d’un savoir faire ancestral: la fabrication du papier par les scribes dans des ateliers. C’est aussi le déclin d’un métier. L’auteur décrit des ateliers et écoles fermés. Elle retrace aussi le parcours semé d’embûches des apprentis calligraphes. C’est l’ancien monde contre le nouveau monde qui s’ouvre et qui est alors en pleine effervescence.

Le roman de Bahiyyih Nekhjavani évoque en filigrane ce qu’elle appelle « le complot du papier« . En effet, comme toujours avec cet auteur, le lecteur assiste à la déconfiture d’un royaume, aux intrigues machiavéliques orchestrées par des Princes, des ministres ou gouverneurs de Provinces. Ces complots sont ourdis au travers des courriers, des lettres où chaque mot peut mettre à mal un Etat. On peut aisément deviner la difficulté du métier de scribe et de l’importance du papier. Elle évoque en même temps l’engouement pour le nouveau papier et les superstitions qu’on lui attribue : le papier guérit les maladies, le papier est utilisé pour conjurer le sort…

Cependant, la plus importante idée dans ce roman se trouve dans la vie du scribe. Les cinq rêves du scribe représentent les désirs avortés, des rêves jamais réalisés. Le scribe ne sera jamais poète. Il ne pourra jamais écrire ce poème tant rêvé sur du papier parfait, d’un blanc pur. Il se contente d’utiliser ce support pour écrire des missives administratives ou des futilités pour contenter les seigneurs. Comme le dit si bien les éditeurs, Les cinq rêves du scribe est un « voyage au pays des passions de l’âme, odyssée du signe, ce roman précieux et ouvragé comme une miniature persane, mais mené au rythme d’un véritable récit d’aventure, fait s’incarner l’humanité entière dans un personnage captif de ses rêves et ignorant de ses désirs véritables.« 

Bien qu’il soit difficile à lire à cause de sa trame romanesque, il n’empêche qu’une fois plongé devant, le lecteur est très vite pris au jeu.


Traduit de l’Anglais par Christine Le Bœuf
Editeurs : Actes Sud, 2003
355 p
23€

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