Black boy de Richard Wright

Native son

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Pour comprendre l’ouvrage, il faut s’intéresse à la vie de l’auteur car Black boy est avant tout un roman autobiographique.

Richard Wright est né en 1908 à Natchez dans le Mississippi. Il a connu la ségrégation et l’a vécue directement. Il en parle très tôt de cette violence et de la résignation des Noirs à leur sort. De ce fait, il attire l’aversion et la haine des deux camps. Il a surtout une vie de solitude et d’errance lorsqu’il décide de quitter le Sud (décision qui survient à la fin du roman) pour partir chercher une vie meilleure dans le Nord. Il s’installe finalement à Chicago dans un quartier sordide avant de connaître la célébrité. En 1940, apparaît son premier roman, « Native son » qui lui ouvre de suite la porte du succès. « Black boy » paru en 1945 confirme son talent. Il attire pour la première fois l’attention du public et des intellectuels sur le sort des Noirs américains. Cependant malgré le succès, Richard Wright part vivre à Paris. Il est accueilli par Sartre et le groupe des Temps Modernes. Il publie en 1953 « The outsider ». Le titre est révélateur de son tiraillement entre son pays natal et la fascination qu’exerce sur lui l’Europe. Il est mort en 1960. Sa production littéraire a ouvert la voie aux écrivains Noirs américains tels que James Baldwin, Le roi Jones, Chesters Himes ou bien tout simplement Percival Everett.
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Black boy est un roman autobiographique qui relate la dure condition de vie de l’auteur enfant (nous sommes vers 1915 quand débute le souvenir marquant de Richard) mais aussi de la condition des noirs américains dans les premières décennies du 20ème siècle. L’auteur nous fait aussi connaître le Sud des Etats Unis qui se relève à peine quelques décennies après la Guerre de Sécession (1861-1865).

Né à Mississippi dans une région où la ségrégation est particulièrement violente, Richard Wright relate ici son enfance misérable, méprisée par des Blancs du Sud. Il a un père absent. Ecrasé par la vie, ce père va finalement les abandonner, lui et sa mère. Cette dernière est une mère énergique bien que violente. Elle a failli  tuer son fils en le corrigeant  » Le souvenir de ma mère qui avait failli me tuer m’obséda longtemps ». Très tôt il est rongé par la misère, le sentiment d’abandon et la faim constante :

« La faim s’insinua en moi si lentement que tout d’abord je ne compris pas ce que signifiait cette sensation. La faim m’avait toujours plus ou moins talonné pendant que j’étais en train de jouer, mais à présent il m’arrivait de me réveiller la nuit et de le trouver installé à mon chevet, me fixant de son oeil sinistre« .

Il a la conscience que quelque chose ne tourne pas rond. Il a la conscience que les Blancs ont à manger et non les Noirs. Ce qui provoque chez l’auteur les premiers refus de sa condition « A regarder manger les Blancs, mon estomac vide se contractait et une colère sourde montait en moi. » Cette prise de conscience de sa propre condition provoque une double remise en question: l’inacceptable réalité de la ségrégation imposée par les Blancs aux Noirs et l’absurdité du fatalisme des Noirs à l’égard de leur propre condition et la violence qu’ils tournent vers eux mêmes.

La révolte est née dans l’esprit de Richard ainsi que la démystification des figures parentales et des anciens, incapables de se battre et de protéger la génération montante. Une génération parentale qui ne peut rien transmettre sinon le sentiment de honte et d’acceptation de son sort. Nous le voyons à travers la grand-mère et la mère de l’auteur.

Le roman est écrit avec une écriture dense, énergique, acerbe et virulente. L’auteur observe de son oeil sagace et lance à la face de tout ce monde du Sud, Noirs comme Blancs leur propre responsabilité dans le désastre. C’est un livre thérapeutique, un livre de libération pour l’auteur. Il lui permet de faire un bilan de sa vie et de celle qui se morfond dans le Sud. D’où sa décision de partir.

« Je pouvais naturellement oublier ce que j’avais lu, rejeter les Blancs de mon esprit, les oublier, et trouver un soulagement à mon angoisse et à mes aspirations dans les histoires de femmes et la boisson. Mais le souvenir de la conduite de mon père me fit repousser cette solution avec dégoût. Si je ne voulais pas que les autres violent mon existence, comment pouvais-je la violer volontairement moi-même?« 

Black boy est un livre formidable car il n’appelle pas à s’apitoyer sur notre propre sort. L’auteur ne se « victimise » pas et cherche la résilience là où il peut la trouver. Il ne rejette pas la faute sur les autres mais cherche le salut par lui-même. Et il y est arrivé. Je vous le recommande chaudement car Richard Wright est le premier auteur noir à parler aussi libre de sa condition sans jouer dans le manichéïsme à outrance.


Traduit de l’Américain par Marcel Duhamel en collaboration avec Andrée R. Picard
Editeurs : Gallimard, Collection « Folio », 1985
445 pages
Environ 8 euros

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3 commentaires pour Black boy de Richard Wright

  1. Wisswolf dit :

    Jai aimé trop

    J'aime

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