Les âmes perdues de Michael Collins

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La ballade des malchanceux

Un soir d’Halloween, le corps d’une petite fille de trois ans est retrouvé étendu sur un tas de feuilles mortes. Visiblement, on lui a roulé dessus. Stupeur et malédiction s’abattent sur cette petite ville du Middle West qui grâce à son équipe de football local va avoir son heure de célébrité. Et çà, le maire de la ville y tient comme la prunelle de ses yeux. C’est alors que l’enquête commence et elle est confiée à Lawrence, un policier à la dérive. Il va enquêter tant bien que mal et il n’est pas au bout de ses surprises et nous avec lui….

« Nous ne recherchions pas la vérité, mais le mythe » comme le pense Lawrence et il a au bout du compte raison. Il serait imprudent de voir dans ce roman comme un simple récit policier ou pis, un thriller. En effet, si la trame repose sur le filon d’une enquête, les enjeux vont au delà de cet aspect du genre. Michael Collins se sert du roman policier pour brosser un portrait de l’Amérique dans les années 80. L’action se déroule en 1984. Il montre une Amérique à l’époque des « working girls », des « executives womens » et des « goldens boys, prêts à tout ». Dans cette petite ville, ce sont les laissers pour compte de la société dont fait partie Lawrence, le policier, qui sont mis à l’honneur. Divorcé, éloigné de son fils, fauché et psychologiquement fragile, Lawrence est un être à failles, il est un homme près à basculer (et on le voit à plusieurs reprises dans le roman). Il y a aussi Lois qui se cramponne à lui et qui pour tromper sa solitude, se met à parler à son perroquet comme s’il était son unique enfant. Et puis il y a Kyle, le suspect, dévoré par la culpabilité et la peur d’avoir mis enceinte sa petite amie Cheryl. Et il y a aussi le maire et le commissaire. Chacun des personnages se bat dans le monde où tout sens, tout rêve et tout espoir est à jamais perdu.

Le livre de Michael Collins est le portrait de l’autre Amérique qui ne croit pas et/ou qui ne croit plus au rêve américain, du moins en celui que les promoteurs essaient de vendre sur les écrans de télévision. Le contexte historique est présent et explique aussi la désillusion. En effet, la guerre du Viêtnam s’est terminée il y a tout juste 9 ans. Les traumatismes sont en toile de fond.

Les âmes perdues est aussi l’histoire d’une corruption des gens du pouvoir représentés ici par le maire et le commissaire. Les personnages ne sont ni blancs, ni noirs, ni calculateurs, ni naïfs. Ils échafaudent un plan pour survivre et c’est là l’unique but. Les chauffards ne sont pas des coupables immoraux. Le monde de Michael Collins est composite: il est fait d’êtres en sursis et la frontière entre coupables et innocents est très ténue sauf pour la petite Sarah, un agneau sacrifié sur l’autel du grand Rien.

C’est un roman à lire absolument. Je vous suggère en même temps de visionner le film produit par Michael Mann  » Killing Field ». Ce n’est pas une adaptation du roman mais il représente des points communs avec l’univers romanesque de l’auteur. D’abord, l’atmosphère de ce film est étonnamment proche de celle du roman. De plus, les intrigues sont assez similaires : le policier du film peut être le frère jumeau de Lawrence.

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Traduit de l’Américain par Jean Guiloineau
Editeurs : Christian Bourgois, Collection « Points », 2000
333 pages
7 €

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