Absolution de Patrick Flanery

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Résurgences

Absolution a pour décor l’Afrique du Sud post- apartheid. C’est un roman qui relate une étrange relation qui lie deux protagonistes de l’histoire, Sam, un universitaire et chroniqueur littéraire et Clare Wald, une écrivaine célèbre. Celle-ci le reçoit chez elle car Sam doit écrire une biographie sur la grande dame, mondialement connue. Cette biographie doit mettre en valeur la pensée de Clare, son engagement intellectuelle et politique au service de l’écriture. Une tâche difficile pour Sam d’autant plus que Clare s’apprête à sortir elle-même un roman autobiographique dont le titre n’est autre qu’Absolution. Au fil des rencontres et des questions, le lecteur perçoit un lourd secret. Il devine qu’il y a entre ces deux personnages quelque chose qui va au delà de simples interviews de travail. Ils jouent au chat et à la souris. Chacun essaie de pousser l’autre dans ses derniers retranchements. La violence et le règlement de compte sont palpables. Chacun toise l’autre comme deux prédateurs qui cherchent à évaluer leur force mutuelle. Car on aura compris, chacun des deux personnages cache un lourd secret. Ainsi derrière son apparence lisse de jeune universitaire brillant, Sam avance avec difficulté dans la vie. Il traîne un passé de violence et de mort derrière lui. Clare, quant à elle, est torturée par une double culpabilité. Tiraillée sans cesse entre un présent déclinant et un passé fait d’actes manqués et de ratages, elle masque son humanité et sa souffrance derrière les mots habilement choisis. Elle fait mal, elle attaque telle une lionne pour cacher sa fragilité et sa vulnérabilité face à l’histoire qui lui a tout ravi. En effet, Absolution est avant tout un roman qui met en exergue des êtres brisés, broyés par la roue de l’Histoire sud africaine. Clare et Sam sont des rescapés de l’Apartheid. La violence intestine entre l’ANC et pro Apartheid a fait basculé le pays dans le chaos. Cependant, le monde d’après n’offre pas d’alternatives intéressantes puisque tous deux continuent à survivre à la violence post Apartheid. La ségrégation n’est plus visible mais la barrière des « races » est encore actualisée. Les Blancs, encore détenteurs du pouvoir économique deviennent la proie d’une population dénuée de tout bien que majoritaire. Le roman décrit admirablement bien l’enfer de la violence dans lequel sont plongées les villes sud africaines. L’héritage apartheid est toujours présent telle une blessure qui refuse obstinément de se refermer. Mais la subtilité du roman réside dans sa structure narrative qui superpose différentes strates de fiction. En effet, le lecteur parcourt tantôt l’affrontement entre l’écrivaine expérimentée et le biographe aux intentions obscures tantôt les retours en arrière de Clare et de Sam sur leur passé comme s’il s’agit pour eux de trouver dans le souvenir une réponse à leurs manquements et une rédemption possible. Mais le roman reprend aussi les passages du roman de Clare. Ce jeu de cache-cache, d’ombre et de lumière souligne des êtres en proie au doute, à la culpabilité au sens dostoievskien du terme. « Absolution », mot titre, terme à connotation religieuse qui renvoie au fait de pardonner à un pécheur ses péchés au nom de dieu. Le prêtre absout le pécheur et lui donne sa pénitence une fois les péchés confessés. Ici, l’espace confessionnal est un roman. Chacun déverse à demi mot toute sa souffrance, ses manquements, ses fautes et ses errements dans une Afrique du Sud qui se cherche encore. En conclusion, voici un passage du livre que j’ai beaucoup aimé:

« Son pays était à la foi l’endroit où il voulait être, et celui où il savait qu’il ne pouvait plus rester. Le soleil était trop près, la terre trop sèche, le territoire entier était trop familier, un terrain racontant des histoires qu’il ne voulait pas se rappeler, des histoires sur lui, et son passé, et la vie qu’il aurait pu vivre« .

Une très belle déclaration d’amour (impossible) d’un enfant à sa terre natale qu’il aime viscéralement mais qu’il la quitte …


Traduit de l’Anglais (Américain) par Michel Marny
Editeurs : Robert Laffont, 2013
468 pages
22 €

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