Le calligraphe de Voltaire de Pablo de Santis

le calligraphe

Un récit d’aventure 

Il est indéniable que la matière de ce roman rappelle parfois Borgès dans sa façon de traiter la nature, l’être ou l’objet comme des entités insolites soumises à des aléas historiques. 

Le calligraphe de Voltaire raconte le parcours de vie chaotique d’un calligraphe obscur du nom de Dalessius. Son récit revient sur sa rencontre avec le fameux philosophe. Celui-ci lui offre un emploi au château de Ferney au grand étonnement de tous. L’oncle de Dalessius ne voit qu’une seule explication possible:  » On y confond et y lit tout à l’envers; ils ont pris tes vices pour des vertus et t’ont pour cela aussitôt accepté. »

 Et c’est le début d’une grande aventure pour notre calligraphe qui devient tour à tour espion pour Voltaire, apprenti journaliste devant rapporter fidèlement au philosophe les détails de l’affaire Calas. Dans ses tribulations, il va rencontrer un bourreau avec qui il devient ami et confident. Il va connaître la société secrète de son ami. Celui-ci rêve de fabriquer une machine « Halifax » qui coupera de façon nette et sans bavure les têtes de ses clients. C’est que notre bourreau est compassionnel. Il deviendra aussi proche d’un certain Siccard qui le paiera pour son travail insolite: peindre des écritures ésotériques sur le corps de jeunes femmes aussi belles qu’ensorceleuses. Il côtoiera le grand fabricant d’automate Von Knepper. Les créations de ce dernier sont convoitées par des Dominicains. Ces moines, depuis la chute des Jésuites veulent se servir de ces « machines à figure humaine » pour éradiquer les Philosophes (notamment Voltaire) et leurs idées afin d’étendre leur pouvoir sur tout le royaume de France.

Pablo de Santis introduira les motifs du double, de la créature fabriquée par l’homme et l’ésotérisme. Il revisite les mythes de la machine telle que L’Eve future d’Auguste de Villiers de L’Isle- Adam. Il peint un monde étrange et sombre des calligraphes, ceux qui manipulent les encres et des plumes si acérées qu’elles coupent aisément la gorge d’un homme. Il n’hésite pas à faire un portrait proche du « villain » gothique anglais à l’endroit de Silas Darel. Ce dernier utilise le sang de ses victimes pour écrire ses oeuvres en lettres écarlates. 

Les ingrédients du roman gothique sont intégrés dans ce récit au travers des portraits d’hommes comme Silas Darel, l’abbé Mazy ou encore Von Knepper. L’insolite, l’étrange et le fantastique se mêlent à la danse donnant à ce roman un accent enjoué et drôle qui plaira aux lecteurs à la recherche d’une lecture ludique.


Traduit de l’Espagnol (Argentine) par René Solis
Editions : Métailié, 2004
180 pages
16 €

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