Belem de Edyr Augusto

belem
Belem ou la ville du crime

Le roman commence par une phrase minimaliste : « Johnny est mort. » Par cette simple constatation quasi journalistique, le lecteur prend connaissance du récit in media res. En effet, Johnny était un très grand coiffeur qui gravitait autour des célébrités de Belém, une ville qui se trouve au Nord du Brésil. S’agit-il d’un meurtre ou tout simplement d’une overdose d’héroïne ? C’est une question qui taraude l’inspecteur Gilberto Castro dit « Gil ». L’enquête progresse lentement et Gil va faire la connaissance de la bande d’amis du défunt. Sans le savoir il va tomber dans un piège dangereux dont l’issue pourrait lui être fatale.

Belém est par sa substance et ses ingrédients un roman policier. Il y a au départ une victime qui pousse l’enquêteur à faire son travail d’investigation. Mais pas seulement. En effet, même si le suspens est au rendez-vous, même si l’énigme est présente et pousse le lecteur à entamer un jeu de piste, il n’empêche que l’enjeu est ailleurs. La succession des meurtres, la présence des personnages secondaires concourent à donner un tableau extrêmement sombre des « privilégiés » de Belém. Leurs appétits voraces tant sur le plan des affaires que sur le plan sexuel font d’eux des prédateurs pour leurs semblables. L’homme est ici un loup pour l’homme. Les nantis ont dans ce roman un pouvoir de vie et de mort sur plus pauvres qu’eux. Ces derniers sont mis à leur disposition pour les divertir au risque d’y perdre la vie. L’histoire tragique de la belle Babalu est la preuve de ce monde insouciant qui consomme la vie, la jeunesse des plus démunis sans remord ni regret. Edyr Augusto voit dans la classe sociale supérieure de simples hommes d’affaires fatigués à qui il faut sans cesse du sang neuf pour raviver la force et la vigueur. Belém devient la cité des vampires, des loups affamés des temps modernes pris dans l’ivresse du pouvoir et idoles du temple de la Consommation. D’ailleurs la bande d’amis de Johnny passe son temps à faire la fête, à faire l’amour et à conduire des voitures de luxe. Ils consomment la vie en consommant les autres. Johnny n’était non plus de reste, c’était peut-être le plus vorace d’entre eux… Belém est à coup sûr un roman allégorique. L’auteur met en exergue une cité cannibale, une cité où la corruption seule règne. Belém est une ville où tout est permis du moment qu’on est bien né. Seul contre tous, Gil va tenter de rétablir l’ordre :

« Il semblait y avoir une levée de boucliers générale pour protéger ce Cristovao : la police civile, la fédérale, tous unis pour le couvrir, putain. Mais il était hors de question de baisser les armes. S’arrêter là, et puis quoi ? Oublier l’assassinat de Babalu ? L’enlèvement de Bode, sa mort peut-être ? »

Mais jusqu’où peut-il aller ?

En conclusion, Belém est un roman sombre d’une violence inouïe. Les mots sont durs. Les descriptions sont acerbes portant en elles une charge dénonciatrice sans concession. Il y a là sans conteste un roman de haute facture à découvrir à l’ère de la mondialisation où le Brésil est considéré comme une grande puissance émergente.


Traduit du portugais par Diniz Galhos.
Editeurs « Asphalte », 256 pages.
21€
En Librairie le 10 Octobre 2013

 

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