Le langage des cactus de O. Henry

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Le monde de O. Henry

Le langage des cactus est un recueil de huit nouvelles à l’épaisseur inégale. Cependant, la concision de l’écriture et la densité dramatique de certaines nouvelles comme la nouvelle – titre ou encore celle intitulée « Une croqueuse de diamant » donnent à voir le talent de cet auteur inspiré.

Les histoires mises en scène par O. Henry oscillent entre le tragique liée aux petites ironies de la vie quotidienne et le burlesque des situations. Aiguisé par son sens de l’observation, l’auteur s’inspire des drames et faits ordinaires qui font et défont une vie. Son décor est planté à New York, une ville cosmopolite et déjà à l’apothéose en terme de prouesses technologiques et de modernisme. Mais lorsque le lecteur se penche sur le sort de ses personnages, il remarque que cette ville en passe de devenir tentaculaire broie les plus humbles d’entre eux. Et plus précisément, O. Henry donne la voix à ces « petits gens » qui essaient tant bien que mal de survivre dans cette grande agglomération indifférente à leurs difficultés économiques et financières. Ainsi, la nouvelle, « Les moineaux de Madison Square » ouvre le bal d’ une dénonciation féroce. Le narrateur compte sur ses talents de prosateur pour gagner 15 dollars et s’offrir un repas et un abris corrects.

« Lorsque j’arrivai à New York et que le tramway m’emmena directement du ferry jusqu’à Madison Square en remontant la 23e Rue, j’entendais déjà le bruissement de ce chèque de 15 dollars dans ma poche intérieur ».

Grand mal lui fasse puisque son rêve sera contrarié et sa naïveté tournée en dérision.

Ainsi, tout au long des huit nouvelles, le destin vient à chaque fois semer le trouble dans la vie de nos protagonistes. Ainsi l’amant éconduit de la nouvelle « Le langage des cactus » ne comprendra que trop tard son erreur. De même Maisie passe à côté du bonheur sans s’en rend compte. Le lecteur éprouve tour à tour de la pitié et de la colère envers ces êtres trop naïfs et si peu lucides. O. Henry quant à lui se joue de ses personnages. Il prend du recul, se tient en retrait pour mieux se délecter de leurs déconfitures. Il se joue d’eux quand bien même le lecteur sent qu’à certains moments son cœur en pince pour ses créatures.

Mais Le langage des cactus donne aussi une place prépondérante aux petits escrocs notoires tels que les Buck ou les Ashton ou encore cet aventurier des grands chemins surnommé « L’Aigle noir ». Ce sont des êtres qui tentent de survivre dans un milieu hostile. Ils sont doués pour embobiner leurs victimes, fascinées et captivées par les mots enjôleurs. A certains endroits on décèle la sympathie de l’auteur pour ces beaux parleurs.

En fin de compte, l’humour est toujours présent. Il ne tente pas d’estomper les cruautés et mesquineries du quotidien. Au contraire, il renforce par certains traits la noirceur d’un monde en ébullition, poussé par le gain et le progrès. Nous sommes à l’aube du 20ème siècle au moment où les nouvelles s’ouvrent à nous. Il va sans dire que O. Henry jette un regard accusateur et désabusé sur son époque au travers de ces écrits.


Traduit de l’Anglais (américain) par Jean-Paul Gratias. Editions Payot & Rivages. 153 pages. 7,65 €.
En librairie depuis Août 2013.

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