L’heure du chacal de Bernhard Jaumann

chacal
Le passé n’est jamais mort

Sous une chaleur écrasante d’un mois de janvier, la mort approche et encercle la riche demeure d’un ancien membre actif des services secrets sud-africain. En effet, un homme qui n’a plus rien à perdre, sort son l’AK – 47 et abat la victime sous les yeux de sa fille. D’autres meurtres vont suivre et obéissent au même rituel. L’inspectrice chargée de l’enquête est Clémencia Garrise. Elle vient d’un township. Elle est noire. Dans un monde post apartheid et machiste, elle doit s’imposer et mène son enquête en usant de son intelligence. Ses investigations l’amènent vers la piste d’un vieux crime politique, l’assassinat d’une figure légendaire, Anton Lubowski. Sa tâche va devenir complexe d’autant plus que ces pistes sont dangereuses à exploiter car personne n’a envie de déterrer un passé lourd de conséquences…

Le roman de Bernhard Jaumnn réunit tous les ingrédients du genre policier. Le suspens est au rendez-vous. L’intrigue se complexifie au fil des pages. Le lecteur se voit souvent induit  en erreur. Il suit un véritable jeu de pistes. Cependant, Bernhard Jaumann mène un travail qui va au delà d’une simple enquête. Et ce qui au départ s’apparente à une lecture haletante et divertissante s’avère être un roman aux accents politiques et historiques. En effet, il retrace les heures sombres de l’indépendance de la Namibie et les combats qui ont dû être menés pour parvenir à ce résultat. L’auteur jette aussi un regard sans complaisance sur la société namibienne actuelle, des décennies après l’accès à l’indépendance. Il étale l’inégale répartition des richesses du pays entre l’écrasante majorité des noirs vivants dans des townships surpeuplés et la minorité blanche qui bien qu’elle ait perdu de son pouvoir détient toujours la richesse. Il souligne la corruption du pays, le désastre du Sida, le désarroi de la jeunesse noire sans emploi et le désœuvrement des enfants namibiens. Le lecteur comprend alors l’importance de la figure de Clemencia Garrise. Elle est le symbole de celle qui a réussi mais se voit très vite rattrapée par une famille poison qui ne lui laisse aucun répit, la dépouille de son salaire, lui vole son intimité et lui impose une promiscuité à toute épreuve. L’auteur la dépeint avec sympathie

« Clemencia savait mener une enquête. Elle était non seulement sortie major de l’école de police de Iyambo, mais était aussi la seule policière du pays à posséder un master de criminologie, obtenu en Afrique du Sud grâce à une bourse. Elle venait également de passer six mois à Helsinki dans le cadre d’un programme de gouvernement finlandais destiné à soutenir la professionnalisation des fonctionnaires des pays du tiers-monde ».

Clemencia voit le marasme économique, la corruption et le manque de moyen de la Namibie comparée à la Finlande, cependant, elle essaie de se battre pour  sortir la tête de l’eau. Son idéal d’une société égalitaire, son rêve d’un lendemain qui chante lui permettent de mettre un pas devant l’autre. Solitaire, elle est l’autre chacal, celui qui chasse le prédateur, le meurtrier. En d’autres termes, elle poursuit le combat d’Anton Lubowski. Elle veut croit en un avenir possible pour la Namibie.

L’heure du chacal est aussi le produit d’un autre rêve : celui de l’auteur.

«  L’heure du chacal est donc un roman. Il ne prétend pas reproduire la réalité historique, mais souhaite raconter une histoire qui comporte sa propre réalité. Il ne peut évidemment pas se substituer à une élucidation juridique des événements, mais s’il devait contribuer à remettre le meurtre d’Anton Lubowski à l’ordre du jour pour que, peut-être, justice puisse enfin être faite, j’en serais très heureux ».

Paru pour la première fois en France, ce roman est une virtuosité d’écriture qui est dense, haletante et complexe. Il mérite d’être découvert et apprécié à sa juste valeur.


Traduit de l’allemand par Céline Maurice.
Edition Du Masque. 281 pages.
Paru au mois de Mai 2013.
20,90€

 

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