Blast. T.2 « L’Apocalypse selon saint Jacky » de Manu Larcenet

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La chute des anges

Dans L’apocalypse selon saint Jacky, tome 2 des trois volumes existant de la BD « Blast », le lecteur, une fois poussé les portes de la perception, suit Polza dans sa course effrénée vers sa liberté, vers cet état de nature où seul domine la part innée et instinctif de l’homme. 

Les routes deviennent plus sombres, les sentiers plus étroits et la noirceur des planches formées par un camaïeu de gris et du noir profond renforcent l’aspect inquiétant de la nature environnant mais aussi de la personnalité de Polza en pleine mutation.

En effet, avec ce volume, le lecteur entre réellement dans le monde souterrain, en marge de la vie rassurante et policée. Polza oscille entre la vie en pleine nature et le contact avec ses semblables. Il se débarrasse de sa part « normative et policée » pour plonger au coeur d’une nature bouillante et grouillante de vie et de forces non maîtrisées. En effet, ce n’est pas un hasard si Polza se retrouve toujours en pleine forêt ou à l’orée d’un bois. La forêt est dense par sa végétation sauvage. Elle est peuplée d’animaux et d’insectes grouillants. La seule loi est celle de vivre à tout prix. Ainsi, derrière un calme grandiloquent, l’oreille humain n’entend pas le combat féroce livré au sein de la nature par le règne végétal ou animal pour la place ou pour la survie. Polza, lui, épouse cette logique du combat car pour lui cette lutte constitue l’essence même de la vie. Il ne se sent bien qu’en contact direct avec ce milieu qui est aveugle à la logique manichéenne du Bien et du Mal, du Beau et du Laid. Ainsi, lorsqu’il consomme la proie laissée par un animal prédateur de la forêt, Polza a définitivement franchi la ligne jaune. Il passe de l’autre côté. La consommation de la viande crue montre son retour vers l’archaïque, vers des règnes antérieurs où l’homme ne maîtrisait pas encore l’art du feu. Or c’est du feu que vient la civilisation et la modernité… 

D’ailleurs, dès le tome 1, l’aspect physique de Polza, la physionomie de son visage montre soit une dysmorphophobie ou bien une volonté de Manu Larcenet de donner à cet homme une figure d’oiseau pour le rendre différent du reste de ses semblables. C’est certainement une manière à la façon de Jérôme Bosch de caractériser le dissemblable, l’altérité radicale entre Polza et nous, lecteurs, lectrices. 

Mais ce tome le confronte à des doubles comme lui. Saint Jacky est le premier de la liste. Manu Larcenet brosse ici une relation très intéressante entre les deux hommes. En effet, c’est une relation humaine assez pauvre sur le plan des affects. L’affection, la complicité sont données et reçues aux travers des coups et des soins prodigués ensuite. Mais malgré la cruauté du milieu, cette solitude à deux est une accalmie dans l’existence de Polza. Grâce à Saint Jacky, Polza découvre la lecture, se passionne pour l’étude de la lumière chez Monet.

Cependant, l’atmosphère inquiétante domine l’ensemble du tome. Ces êtres en marge, tout comme les animaux prédateurs, tuent pour survivre. Les dessins noircis à la mine de plomb ou à la pierre noire semblent vouloir sortir de leur cadre pour avaler le lecteur. Les rares couleurs vives, criardes n’ont rien de salutaires. Elles mettent en évidence l’entrée en crise de Polza et sa violence à venir.

 « Je mens pour un peu de repos, d’indulgence, pour le pardon de ma dissemblance. Je mens aussi pour ne pas vous massacrer à mon tour. »


Editions Dargaud
22,50 euros

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