Blast. T.3 « La tête la première » de Manu Larcenet

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Les deux faces de Janus

Dans le tome 3 de Blast intitulé La tête la première, l’intrigue est toujours aussi sombre et inquiétante. Nous sommes toujours au poste de police. Le personnage Polza Mancini est encore pour quelques heures en garde à vue. Il est tantôt en interrogatoire tantôt reconduit dans sa cellule. Au moment où le tome commence, les policiers lui ont donné à manger et ils reviennent le chercher pour l’amener dans un lieu du poste afin de l’interroger de nouveau. Les inspecteurs n’ont qu’un seul but: faire avouer à Polza sa responsabilité dans la mort de Carole.

« La tête la première » est une expression du père de Polza pour signifier que l’accomplissement d’une action quelle qu’elle soit demande à son auteur de se jeter dedans la tête la première. Polza, raconte la suite de son histoire. Il confie aux policiers sa vie d’errance, les tortures subies et l’envie d’en finir qui n’arrive pas. Comme si sa masse corporelle, toute cette chair débordante, dégoulinante qui le répugne résiste à son désir d’autodestruction. La part innée, avide de vivre refuse de capituler sans lutte préalable. 

Plus encore, dans son discours, Manu Larcenet distille ici et là une dénonciation virulente contre l’univers psychiatrique qui n’a rien à envier à l’univers carcéral. Le sommet de son art se trouve dans l’épisode du test de Rorschach. En effet, il le vide de toute sa substance. Le test, au lieu de permettre d’établir un profil psychologique, devient ici une coquille vide, une parodie de la science. La figure du psychiatre, loin d’être celle du thérapeute soignant devient une face sombre et inquiétante dans le sens où devenant omniscient, il joue à pile ou face avec le destin des patients. Voulant à tout prix un diagnostique clinique, il enferme ces derniers dans un profil clinique assez caricatural et tente de briser toute résistance alors que le principe même de résistance fait partie intégrante de la thérapie. 

Puis, il y a la dynamique de l’intrigue. En effet, dans ce tome l’étau semble se resserrer autour de Polza. Les policiers ont matière à prouver qu’il n’est pas ce qu’il dit ou ce qu’il prétend être. Cependant, l’aveu est seulement un demi aveu et il arrive seulement à la dernière page du volume. Il maintient ainsi le lecteur dans un suspens insoutenable.

La tête la première est une plaidoirie pour la liberté totale. Un autre double entre en scène, Roland. Dans ce tome, le lecteur connaît mieux le rôle de Carole dans cette relation triangulaire. Mais Manu Larcenet sait brouiller les pistes. Si Polza reste maître du jeu dans la salle d’interrogatoire, l’auteur nous manipule et ne nous permet aucunement d’accéder à une vérité quelconque. Pis, il nous barre la route vers la résolution de l’intrigue de sorte qu’à la fin du tome, le lecteur sait un peu plus sur Polza sans pour autant savoir quoique ce soit de lui.

 « Je pèse deux hommes. L’un vous aime tant qu’il vous léchera la main pour l’aumône d’une caresse. Il fera où vous lui direz, demandera la permission, courbera le dos sous la trempe, pourvu que vous lui accordiez une place près de vous. Un homme-chien. L’autre sans trêve ni repos, depuis toujours, n’a d’autre obsession que de vous faire baisser les yeux. Puis de les crever. »


Editions Dargaud
22,50 Euros

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