Blast.T.4 « Pourvu que les bouddhistes se trompent »

pourvu que
La roue du Samsara

« Pourvu que les bouddhistes se trompent et pourvu que je ne me réincarne pas dans un autre corps comme celui-ci ».

 Blast, tome 4, met en avance (dès son titre) la prière désespérée du personnage complexe et ambivalent qu’incarne Polza Mancini. En effet, l’homme obèse au nez en forme de bec d’oiseau est un meurtrier violent et un malade dangereux. Le lecteur qui a suivi son itinéraire depuis le Tome 1 le sait. Polza a au moins quatre meurtres à son actif. Son mode opératoire est extrêmement violent. Il tue à main nue. Mais Polza n’est pas que cela. 

Manu Larcenet ne voulait pas l’enfermer dans le stéréotype du malade schizophrène et meurtrier multirécidiviste. L’auteur de ces planches maintient le flou grâce à une structure narrative ambiguë. En effet, il laisse planer le doute chez son lecteur. Ce dernier, tantôt doute de la culpabilité de Polza, tantôt l’accable. Et ce, de la première page du Tome 1 jusqu’à la page 166 du Tome 4. Manu Larcenet réussit son coup de maître car le lecteur est laissé seul durant ce laps de temps. Il est seul face à la scène d’interrogatoire. Polza répond aux questions des policiers. Il décrit son errance et relate ses rencontres. Il dénonce aussi la société moderne et il souligne son attachement à la nature. La « primitivité » de sa vie fondée uniquement sur les pulsions et le principe de plaisir déconcerte car trop éloignée de notre « modernité ». L’inné prend le pas sur la culture. Et c’est en cela que ce personnage nous interpelle. Il fait parti d’un autre monde, d’un autre ordre. Le lecteur est dans une position inconfortable car face au mutisme des policiers, garants de l’ordre, il n’a aucun indice pour « évaluer » l’échelle des valeurs de Polza. De ce fait, seul Polza parle. Il raconte son histoire. Les mots signifient ce que Polza veut qu’ils signifient. Il devient le grand Maître du Verbe, le grand Manipulateur. 

Cependant, Manu Larcenet insiste aussi sur l’humanité de Polza. Cette humanité réside dans le choix ultime de Polza, dans son dernier basculement après qu’il ait appris la mort de Carole, la femme aimée. Et pourtant, ce bonheur là lui est interdit et inaccessible… Son amour pour elle est maladroit, insolite. Il l’aime trop et pas assez. Il l’aime superbement mais mal. Dans un univers de sables mouvants, ils se contaminent l’un l’autre jusqu’à ce que la folie, le Blast de Polza aient raison d’eux. 
Dans un sursaut de désespoir, Polza bascule et cette brèche ouverte le précipite dans le néant mais paradoxalement lui restitue son humanité.

Blast 4 s’achève sur le récit des policiers. Ces derniers ramènent l’apaisement après la tempête causée par la folie destructrice de Polza. Mais les policiers finissent eux aussi par s’effacer laissant le champ libre à la nuit et aux bêtes nocturnes tel cet hibou qui chasse et tue. Le carnage continue …  » Pourvu que les bouddhistes se trompent… et que je ne revienne pas. »

La lumière est définitivement éteinte.


Editions Dargaud
22,50 euros

Publicités
Cet article a été publié dans BD et comics. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s