Le marteau et l’enclume de Christine Falkenland

marteau
Le corps absent

Une jeune femme reçoit une lettre de sa mère malade et mourante. La lettre dit que les fautes de la jeune femme sont pardonnées et qu’elle peut rentrer enfin à la maison. Cependant, cette veillée funèbre fait émerger des souvenirs douloureux pour la jeune femme. Jusqu’à l’aube, avant que les habitants et voisins ne viennent emporter la dépouille, elle scrute l’obscurité et extirpe des ténèbres les causes qui ont fait basculer sa vie dans l’enfer de l’esclavage sexuel auprès d’un amant « sauveur » qui la traite en objet sexuel et la déprave jour après jour. 

Elle s’interroge… Et si tout ceci n’était que le résultant d’une carence affective? Et si tout ceci était dû à une absence de contact avec sa mère lointaine et indifférente? :

 » Si elle m’avait aimée, tout aurait-il été, du coup, totalement différent? Aurais-je été une autre? Mon corps aussi? Plus silencieux. Je suis partie chercher le salut que procure la chair, et ce salut-là est comme de l’herbe. Toute chair est comme de l’herbe. La sienne. La mienne. Ma chair aussi est comme de l’herbe et deviendra à nouveau herbe. »



La jeune femme se souvient d’avoir été chassée de la maison maternelle pour avoir commis l’irréparable. Elle se souvient aussi de la honte et de l’opprobre jetés sur elle par la foule:

 » Ici, sur l’île, les gens n’oublient pas. On pourrait penser que tout acte finit par tomber dans l’oubli, mais il n’en est rien. Ce qu’on a fait un jour, on le porte avec soi à jamais. Les années ne signifient rien. Ma mère a dû supporter ma honte. Elle m’a tourné le dos. Le temps n’y change rien. Je n’ai cessé de m’enfuir, je n’ai fait que m’enfuir. Rien, au fond, n’a changé. »



Dans une écriture très dépouillée, Christine Falkenland analyse au scalpel les tourments de l’âme et du corps. Elle extirpe de l’obscurité les secrets inavoués, des amours déçus et des désillusions. Elle décrit avec précision les complexités et les ambivalences qui existent au sein du couple mère/fille que forme la narratrice avec sa mère. Elle montre aussi les égarements de la jeune femme sevrée trop tôt d’amour et sa déchéance dans les bras d’un amant malade et pervers, obsédé par la Faute et la Souillure. Le puritanisme est ici mis en exergue et dénoncé comme un attentat à la pudeur, comme un chemin tortueux vers la profanation du corps de la femme.

 Le marteau et l’enclume est aussi un roman qui célèbre la victoire de la femme dans le sens où la narratrice a su se défaire de ce lien sadomasochiste pour vivre enfin son destin dans lequel le sexe n’est plus un outil d’asservissement mais librement voulu et choisi.

C’est un remarquable roman. Je le recommande à tous car la littérature du Nord est encore assez méconnue sous nos cieux.


Traduit du Suédois par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach
Editeurs: Actes Sud, 1998
180 pages
15,20 euros

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