Rue des voleurs de Mathias Enard

rue des voleurs

La cours des miracles

Rue des voleurs est un roman picaresque avec une intensité tragique évidente. Dans ce récit, le lecteur assiste aux tribulations d’un jeune marocain pris dans les tourments de l’Histoire et de sa vie passionnelle. L’action se déroule en plein Printemps Arabe dans différents pays de la Tunisie au Maroc, du Maroc à l’Arabie Saoudite et de l’Arabie Saoudite à la Syrie. Et ceci sans parler de l’Espagne, rivage sur lequel vient échouer notre picaro marocain, Lakhdar.

Dans ce roman, chaque personnage par son action entre en interaction avec les autres et leurs actes influent sur d’autres destinées. De ce fait, autour de Lakhdar se créé un faisceau, une toile d’araignée où chacun est responsable de l’autre générant ainsi une énergie destructrice ou fédératrice qui va changer les événements privés et historiques. Ainsi, Meryem par son amour expulse Lakhdar de son Eden familial et le transporte vers le Cheikh Nouredine et Bassam. Le « jeu » des rencontres donne un visage de plus en plus net au destin de Lakhdar qui erre de pays en pays pour enfin arriver en Espagne à cause de Judit… Cette errance renforce la vision réaliste du jeune homme vis à vis de ses amis. Elle lui ouvre les yeux sur la beauté et la laideur du monde. Son refuge miteux dans la rue des voleurs (qui est ici considérée comme la cours des miracles) l’affirme dans son statut de paria mais lui transmet aussi une forme de sagesse et l’amour pour la liberté. En effet, cette rue lui donne une certaine hauteur pour observer le monde.

 Lakhdar est loin d’être influençable. Contrairement à Bassam il a su garder sa lucidité et sa perspicacité face à l’adversité et à l’appel au terrorisme. A mon avis, son amour pour les livres le sauve et le préserve.

Rue des voleurs est aussi un livre contre la barbarie des hommes. Si sa fin est tragique, le livre n’en est pas moins un cri contre la violence irrationnelle et aveugle envers les innocents. Lakhdar veut du changement dans ce Printemps Arabe mais un changement qui respecte sa condition d’homme et ses droits fondamentaux. De ce fait, son acte final devient un acte altruiste à bien des égards… 

Sa réplique face aux juges le montre assez :

« Je ne suis pas un assassin, je suis plus que ça. Je ne suis pas un Marocain, je ne suis pas un Français, je ne suis pas un Espagnol, je suis plus que ça. Je ne suis pas un musulman, je suis plus que ça. Faites de moi ce que vous voulez. »


Actes Sud, 2012
256 pages
21,50 €

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