Azami de Aki Shimazaki

Aki Shimazaki 

Aki Shimazaki est née au Japon et vit à Montréal au Canada depuis 1991. Son écriture est donc un syncrétisme entre deux cultures : occidentale et japonaise.

Ses œuvres appartiennent à des pentalogies. Ainsi la première pentalogie, intitulée Le poids des secrets, s’achève –t –elle avec le roman Hotaru, paru en 2005. Elle a entamé de suite une autre série de cinq romans coiffés par le titre : Au cœur du Yamato. Celui-ci, Azami est le premier titre d’un troisième cycle. Il est publié en janvier 2015.

La première pentalogie comprend les 5 romans suivants: (Coffret Babel, Actes Sud. 33€)

1) Tsubaki
2) Hamaguri
3) Tsubame
4) Wasurenagusa
5) Hotaru

Deuxième pentalogie :

1) Mitsuba
2) Zakuro
3) Tonbo
4) Tsukushi
5) Yamabuki

azami Etat de crise

Mitsuo Kawano est un travailleur acharné. Il est rédacteur pour un grand journal. Il est marié à Atsuko, une femme qu’il qualifie de «  (…) solide et intelligente. Aussi sage que patiente, elle est une excellente mère. » Et il ajoute :

« C’est exactement ce que je souhaitais pour ma future épouse. Bien éduqués, les enfants se développent sainement et j’en suis très heureux. Par ailleurs, elle tient efficacement le ménage et je peux me consacrer à mon travail en toute quiétude. »

Oscillant entre une vision très traditionnelle et hygiéniste de la famille, Mitsuo coule des jours paisibles et semble être satisfait de son sort. Il répond ainsi à la signification de son nom :

« Mon père a choisi mon nom. Il a opté pour les deux idéogrammes signifiant « l’homme satisfait » (…) Mon père me répétait : « La vie parfaite n’existe nulle part. Sois content de ce que tu as. D’abord de ton nom reçu à la naissance. » Il avait raison. Guidé par son conseil, je suis devenu un homme satisfait, ou du moins qui ne se plaint pas »

Comme je l’ai déjà évoqué dans ma chronique sur le dernier roman de Haruki Murakami L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, le prénom est très important dans le monde asiatique. Donné par le parent après maintes études et consultations des anciens, il doit insuffler à l’enfant une conduite, une voie à suivre. L’homme heureux est un homme qui vit en adéquation avec les préceptes inscrits dans son prénom.

Notre personnage semble effectivement être heureux en apparence car derrière cette façade tranquille, il vit une situation conjugale assez déconcertante :

« Tout semble bien aller chez nous.
Pourtant, nous sommes un couple sexless, bien que nous soyons encore dans la trentaine et en bonne santé. Cela fait presque trois ans que nous ne faisons plus du tout l’amour »

Plus encore, au fil des pages, le lecteur suit Mitsuo dans sa solitude et dans son errance sexuelles. Il fréquente des Fûzoku –ten et des Pink – salon qui sont des établissements des services sexuels. Bien que son épouse soit au courant, leur relation épouse un semblant de normalité et ne souffre pas de conflit.

Cependant, la rencontre avec son ancien camarade Gorô Kida le déstabilise et sa relation avec Mitsuko, une amie d’enfance, devenue entraineuse dans un bar, finit par le remettre en question…

Ecrit dans un style dépouillé et simple, Aki Shimazaki scrute les travers et les mœurs japonais. L’auteure qui a quitté son pays à l’âge de 26 ans a la maturité et l’aptitude pour s’interroger sur les traditions et le rapport homme/femme japonais. Ce style minimaliste permet de rendre compte des souffrances et de la solitude des êtres. Les protagonistes Mitsuo, Atsuko et même Gorô sont façonnés par la tradition asiatique dans ce qu’elle a de plus rigoriste. Leur vie reflète l’abnégation et la résignation. Elle devient un devoir où le bonheur individuel s’efface au profit du groupe qui est ici la famille et la société, représentée par l’entreprise. Dans ce contexte, Mitsuko est à part. Elle représente pour elle-même la part originale, l’indépendance assumée et revendiquée. C’est pourquoi le lecteur ne parvient pas à la cerner. Elle est représentée sous différentes facettes mais perpétuellement fuyante et insaisissable. Ainsi, son pseudonyme de travail « Azami » définit parfaitement l’essence de son être : Azami est le nom qu’on donne à la fleur de chardon en japonais. «  Pour l’azami, c’est « l’indépendance », « ne me touche pas », « la vengeance » comme l’apprend sa fille à Mitsuo. Pour le narrateur, elle est un objet de fantasme, le fruit défendu, la nouveauté qui le ravit, l’inconnu :

« L’azami. Je trouve cette fleur unique, avec sa forme particulière et sa couleur violette. On n’en offre pas en cadeau à cause des épines pointues sur ses feuilles. Une fleur d’un abord difficile.
(…) je n’ai pas le cœur en paix depuis la réapparition du Mirsuko. Son image sensuelle revient constamment dans ma tête. J’attendrai son appel avec impatience. Mais d’un autre côté, je sens qu’il vaudrait probablement mieux qu’elle ne le fasse pas. »

En conclusion, Azami est un roman peu épais et pourtant très subtile dans lequel l’auteure analyse avec finesse la psychologie des personnages. Le lecteur est peut-être quelque peu déçu par une fin aux accents moralistes mais l’ensemble reste une belle oeuvre pour cette rentrée littéraire de l’hiver 2015.


Editeurs : Actes Sud, Janvier 2015
134 pages
13,50 €

 

 

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2 commentaires pour Azami de Aki Shimazaki

  1. jostein59 dit :

    Je l’avais noté sur ma liste pour continuer sur la littérature japonaise. Et il me semble bien approprié même si je ne suis pas vraiment convaincue par le thème.

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  2. lemondedetran dit :

    Disons que le roman de ce nouveau cycle se laisse lire. Il aborde surtout les relations homme/femme dans le couple au Japon. Le sexless est une vérité dans un certain nombre de couples japonais. Quant à sa qualité, le roman est intéressant. Son seul point faible c’est le dénouement de l’intrigue: trop moralisateur, trop conformiste. On sent quelque part un certain penchant pour le « politiquement correct » chez l’auteur. Il y a un goût d’inachevé dans « Azami ».

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