Sincères condoléances de Erling Jepsen

sincères condoléances
Les familles poisons

Lorsqu’on prend connaissance de ce roman, on ne peut s’empêcher de penser à la filmographie du Maître incontesté Ingmar Bergman tant les thématiques abordées par notre écrivain sont proches des questionnements du cinéaste.

Dans Sincères condoléances, Allan, un auteur connu apprend la mort de son père. Il quitte alors Copenhague pour se rendre à un village du Sud Jütland afin de revoir sa mère. Le lecteur suit, perplexe, les multiples réactions de ce personnage. En effet, dès le début du roman, on sent monter la tension intérieure d’Allan. Apprenant la mort de son père, il semble être indifférent devant cette perte. Son seul geste est l’envoi d’un bouquet de fleurs avec une carte mentionnant juste deux mots « Sincères condoléances ». On sent qu’il se passe quelque chose remontant sûrement à un lointain passé. Au fil des pages, la rancœur d’Allan envers son père se dévoile ainsi que les secrets inavouables, notamment la relation incestueuse entre le père et Sanne, la sœur à moitié folle d’Allan.

Le roman pousse plus loin l’introspection. Le retour du frère et de la sœur vers la maison paternelle réactive les souvenirs et les trahisons de la mère envers ses enfants. Cette dernière est dépeinte comme une manipulatrice des émotions d’autrui. Douée d’une faculté de déni et d’oubli, elle provoque chez Allan un passage à l’acte manqué: le matricide. Les relations se déroulent en huis clos créant ainsi un univers étouffant et malsain permettant à Allan de régler les comptes avec sa mère. Il ira jusqu’au bout de son enquête quitte à mettre en doute la cause officielle de la mort de son père.

Erling Jepsen a su ne pas tomber dans la sensiblerie des témoignages larmoyants. Il donne à son livre la dimension d’une œuvre littéraire de très bonne facture. Explorant non seulement les ressentis de l’enfant trahi et renié, il met l’accent aussi sur la complexité des sentiments. Ainsi Allan déteste-t-il son père sans pour autant renoncer à rechercher une preuve d’amour de ce dernier à son endroit. Cette quête de l’amour du père et le déchirement intérieur d’Allan l’empêchant de devenir un homme. Cette quête est émouvante car elle touche à ce quelque chose de profond, de secret enfoui en chacun de nous. Allan peut se révéler être notre semblable, notre frère dans la désespérance.


Traduit du danois par Caroline Berg
Editeurs : Sabine Wespieser, 2011
328 pages
23 €

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