Le septième jour de Yu Hua

septième jour

Les Morts et les Vifs.

(Chronique rédigée par une invitée du blog: Abigaïl)

« Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

nous rappelait Jean de la Fontaine. Cette morale se rapporte fort bien à l’ouverture du Septième jour de Yu Hua où les décédés, dés les premières pages, patientent pour leur incinération dans différents salons, VIP ou chaises plastiques, selon leur degré de fortune.
Le personnage central, Yang Fei, vient de périr dans une explosion. Humble, il ne possède pas les moyens suffisants pour s’offrir une tombe. C’est à partir de ce prétexte que se déploient les sept jours; autant ceux de la croyance chinoise ancienne qui veut que les défunts rôdent sept jours durant autour de leur ancienne maison avant de décider de s’en aller vers l’au delà, que les sept jours de la Création du Monde. Au septième jour le Créateur se repose. Dans le roman de Yu Hua, au septième jour, c’est Yang Fei, à l’image des autres défunts, qui parachève son périple jusqu’à accepter enfin son dernier repos.
Chaque journée relate un souvenir, une étape de sa vie, et replace Yang Fei au contact de ceux qui ont compté. Peu à peu, le jeune mort se détache du monde. Ses sens le perçoivent encore; il voit, entend, mis toutes ses perceptions sont filtrées par un brouillard.
C’est là l’occasion pour Yu Hua de conter au lecteur les conditions de la venue au monde improbable de Yang Fei, enfant né sur les voies ferrées, adopté par un père de hasard au coeur tendre, Yang Jibao. Ce personnage de vieillard, tout enter dévoué à son amour pour son fils crée une partition touchante, mélancolique, poignante dont le déroulement devient un fil conducteur.
L’auteur dresse aussi un tableau de la Chine actuelle, et pointe les maux engendrés par la politique familiale, la spoliation des habitations quitte à ensevelir des habitants sous les décombres, les mensonges, la corruption des autorités, sans parler de la quête effrénée de l’argent et des biens de consommation, mettant en exergue le fossé vertigineux entre très riches et très pauvres. Ce sont des êtres simples qui se battent dans l’intrigue de Yu Hua et s’efforcent de rester debout, dignes face au rouleau compresseur.  Créant ainsi un paradoxe; la mort parait enviable…
Ainsi, le lecteur découvre que les morts sans sépulture disposent de leur propre royaume. Ils y sont accueillis par leurs frères d’infortune avec bienveillance. Chacun y exprime le désarroi face à  une vie terrestre sans sens, chargée de misère. Chaque mort ou squelette rencontré par Yang Fei narre les causes de son trépas. es morts récents côtoient les squelettes en une douce danse macabre, une ronde lente où le partage existerait.
Car il faut enfin faire un choix; gagner sa sépulture pour un repos définitif, ou demeurer dans cet éden inattendu et serein de ceux en Deuil d’eux mêmes, dépouillés d’une demeure dernière.C’est ce choix que doit faire la jeune Lei Mei, offrant au lecteur cette séquence de cortège funèbre baroque, noué par la solidarité. Le passage vers la mort apporte paix et réconciliation à chaque trépassé. Yu Hua laisse entendre que pour ces malheureux, humbles, obscurs, la Chine contemporaine est une mère malveillante.
Au final, Yu Hua offre un roman aux résonances mélancoliques, poétiques, dans lequel ses personnages au coeur simple se font les porte paroles d’un auteur qui n’a pas renoncé à mettre en exergue les maux de la Chine d’aujourd’hui.


Roman traduit du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut.
Editeur Actes Sud, 2014.
270 pages.
22 euros.

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