Les phalanges de l’ordre noir. Pierre Christin & Bilal Enki

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Dernière expédition

Le roman graphique Les Phalanges de l’ordre noir est un récit sombre, satirique et tragique. Lors de sa publication en 1979, le journal France-Soir avait fait une remarquable critique sur la portée de son sujet. En effet, selon le journaliste, la BD est « dense comme un roman, haletant comme un film à grand spectacle, déchirant comme la nostalgie d’une jeunesse qu’on ne peut revivre« . L’esprit de la BD est donc très bien résumé ici car on est effectivement au confluent de plusieurs croisements. Il y a du comique, du mordant, de l’adrénaline à la manière des Expendables 1 & 2. Il y a aussi un versant plus sombre, plus philosophique et plus tragique proche du film Ronin de John Frankenheimer.

L’histoire ressemble à un roman d’aventure, d’espionnage sur fond politique. Bien après la guerre civile d’Espagne, durant un sombre hiver glacial, une voiture avance sur les routes escarpées d’une montagne abritant un village espagnol perché et au milieu de nulle part. C’est le village de Nieves en terre Aragon. Seules 72 âmes y vivent. Cependant, ce 12 janvier devient jour de tragédie puisque cette voiture est conduite par les Phalangistes de l’Ordre Noir. Ils vont en quelques minutes exécuter tous les habitants sans pitié. Il s’agit d’une expédition punitive, une vengeance qui remonte au temps de la Guerre Civile. Ce meurtre entraîne une chaîne de violence. A la tête d’un « corps expéditionnaires » composé de vieillards d’une soixantaine d’années, Pritchard ancien activiste va reprendre du service et décide avec sa bande de vieux compagnons de neutraliser les Phalangistes. Ainsi commence l’aventure. Une bande de vieillards vétérans contre une autre troupe de vieillards phalangistes. Cette guerre n’aura rien d’héroïque et personne ne sortira de ce conflit intact.

La BD a aussi une autre dimension. Derrière l’aventure loufoque, derrière les convictions politiques de chacun des protagonistes, c’est la condition humaine qui est mise en exergue. Bien loin des figures de super – héros, les personnages de cette histoire ne sont pas Chuck Norris ni Sly ni Drago. Ils sont enfermés dans leur finitude et soumis à l’épreuve du temps. Devenus des vieillards souffrant des maux de l’âge, ils sont surtout rendus absurdes par leur volonté de rester dans la course et de suivre une idéologie et des convictions révolues. Le suicide de l’un, la crise cardiaque de l’autre sont des signes avant coureurs d’une mort toute proche.

Enki Bilal et Pierre Christin réussissent ici une prouesse littéraire et technique. Les dessins sont très expressifs. L’utilisation de la couleur à prédominance crépusculaire souligne encore plus la vieillesse des personnages et annonce la fin d’un ordre, d’un monde. Le lecteur assiste sereinement dans son fauteuil à l’exécution un à un des personnages par la froide intelligence de son créateur.

En conclusion, ce roman graphique constitue un vrai plaisir de lecture pour les amateurs du genre.


Scénario : Pierre Christin
Dessin & Couleurs : Bilal Enki
Editeur : Dargaud, Coll. « Légendes d’aujourd’hui » 1979. Réédité en 2006
15,50 €

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