Le rêve de l’esclave de Nabil Naoum

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Cet étrange mystère qu’est l’homme…

Le rêve de l’esclave est un recueil de nouvelles. Il y a en tout 14 nouvelles, toutes très courtes (4 à 6 pages au grand maximum). Cependant, l’auteur a su créer un univers chatoyant et réaliste pour décrire non seulement le quotidien des égyptiens mais aussi la condition dramatique de l’homme.

Sa thématique est très variée dans cet opus. Notre écrivain aborde dans un premier temps la tyrannie de l’amour et du désir. En effet, les figures de femmes sont tour à tour étranges, évanescentes, fortes et surtout très inquiétantes comme c’est le cas pour les nouvelles  » Les métamorphoses de la déesse « ,  » Un accent de vérité  » ou encore  » Les voies de l’entendement « .

Mais dépassant ce thème classique de la littérature du monde, Nabil Naoum parle aussi de l’Egypte des temps mythiques. Dans « Zénodote d’Ephèse », il s’interroge sur les splendeurs d’un passé de lumière qui continue à entretenir une connexion avec l’Egypte présente.

 » Cette épopée que les anciens s’étaient transmise de génération en génération, comment la rassembler en un livre unique ? Et quand bien même il le ferait, serait-il capable de la conserver ? Surtout dans un pays aussi extraordinaire que l’Egypte ? « .

Ou encore :

 » Ils se contentaient de répéter et de conserver ce qui leur était parvenu depuis des millénaire. Aujourd’hui encore, les têtes d’animaux et d’oiseaux consacreraient leurs célébrations. Pour eux, les dieux étaient toujours supérieurs aux humains. « 

Ces questionnements indirects permettent à l’auteur de prendre position et peut-être de dénoncer l’attitude figée de l’Egypte dans l’Histoire. Il y a aussi cette phrase énigmatique  » Qu’ils étaient pénibles, ces temps d’incertitude où l’on ne distinguait plus celui qui croit savoir de celui qui a le bonheur de ne pas savoir ! « . Cette réflexion sortant de la bouche de son personnage Zénodote (sonorité qui rappelle étrangement Hérodote…) est presque prophétique surtout si on se réfère aux soubresauts qui ont secoués le monde arabe, l’Egypte compris. N’oublions pas que ce texte était publié en 1994…

Cependant, ma préférence va à la nouvelle – titre  » Le rêve de l’esclave « . Son écriture est étrange flirtant avec le fantastique. Le personnage – victime semble s’accommoder à sa condition d’esclave et rêve non pas de sa libération mais d’asservir à son tour une autre victime. En quelques pages, l’auteur fait voler en éclat les vernis de culture et/ou de civilisation. Il nous dévoile toute la noirceur de l’être humain placé dans des conditions de vie difficile ou extrême. Il va plus loin encore. En effet, secouant le joug des bien-pensants et des pensées préfabriquées de notre temps, il montre que la trajectoire de l’évolution de l’homme et de son affirmation passent par la domination et accessoirement par la soumission de l’autre dans une étrange relation sadomasochiste …


Traduit de l’Arabe (Egypte) par Jean Tardy, Anne Wade Minkowski
Editeurs : Actes Sud, 1994
128 pages
12,10 €

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