Solaire de Ian McEwan

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Le monde selon Michael Beard

Il faut reconnaître que Ian McEwan nous présente ici un personnage qui n’a rien pour nous plaire. En effet, Michael Beard a eu tout ce qu’il fallait pour être heureux. En tant que scientifique, ses travaux lui ont permis d’avoir le Prix Nobel. De ce fait il se voyait propulser au sommet de l’intelligentsia londonienne et du monde. Cependant, il rate tout. Divorcé quatre fois, au moment où s’ouvre l’intrigue, son cinquième mariage bat de l’aile. Michael Beard bien qu’il soit narcissique, est bien conscient de sa chute. Il sait qu’il ne produit plus rien de méritant quant à ses travaux. Il vit sur ses lauriers. Le présent fuit et Michael Beard semble rester sur la touche. Il est présenté comme grossier, lâche et quelque peu irresponsable. Son image d’homme séduisant, intelligent et dynamique appartient désormais à un passé révolu. Lucide et n’étant pas dupe des clameurs du monde, le scientifique vieillissant se rend bien compte de sa transformation vers le pire :

«  Comment avait-il pu se convaincre durant tant d’années qu’il offrait un spectacle séduisant ? Cette ridicule touffe de poils sur le globe de l’oreille soulignait sa calvitie, ce nouveau pli de chair flasque sous chaque aisselle, cette couche de graisse imbécile sur son ventre et son postérieur… Croyait-il honnêtement que sa notoriété suffirait, que son prix Nobel la ramènerait dans son lit ? »

L’auteur bien qu’il ne soit pas tendre avec son personnage principal lui rend tout de même justice car dans le monde où se faufile la silhouette de Michael Beard, l’homme est un loup pour l’homme. Aucun personnage ne trouve grâce aux yeux de McEwan. Les femmes sont niaises, sottes et volages. Cette réalité s’étend même à Mélissa qui fait un enfant dans le dos du scientifique parce qu’elle a un trop grand désir d’être mère. Les hommes sont voraces, âpres aux gains. L’épisode de la conférence de Beard sur une possible utilisation de l’énergie solaire comme énergie de substitution atteste le manque de stratégie à long terme de ces investisseurs. Ils veulent des bénéfices et un retour immédiat sur investissement. De ce fait, même si le discours de Beard peut paraitre cynique, il est le seul dans cette salle à se préoccuper de l’avenir de la planète. De cette conférence il n’a reçu que de timides acclamations et pour cause :

« Il apprit qu’un peu plus tôt un spécialiste du pétrole avait convaincu l’auditoire qu’avec les schistes bitumineux et les forages en eau profonde on disposait de réserves pour cinq décennies ».

Avec Solaire l’auteur réussit à nous dépeindre un monde dans lequel le solaire n’a pas sa place car il ne génère pas de l’argent et n’enrichit pas ceux qui sont ses adeptes. A travers la figure du loser, Ian McEwan dénonce toute la société moderne qui, à cause du règne de l’argent et de l’image, est prête à couper la branche sur laquelle elle s’assoit. L’humour est ici au service de la verve dénonciatrice. Le talent du livre réside dans la complexité du personnage de Michael Beard qui certes n’est pas le meilleur des hommes mais tout de même le moins pire.


Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon,
Editions Gallimard, Collection Folio n°5480,
400 pages,
7,50 euros

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