Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

Delicieuses-pourritures
Les mauvaises filles sous influence

L’intrigue se déroule dans un huis clos. Nous sommes dans un campus féminin dans la Nouvelle Angleterre des années 70. Les protagonistes sont des étudiantes, Pénélope, Dominique, Sybil, Marisa et Gillian, la narratrice. Elles évoluent dans cet univers poisseux totalement en admiration devant leur professeur de littérature André Harrow et sa femme Dorcas qui est peintre. Progressivement cette admiration devient adoration poussant les filles à des actes qui dépassent l’entendement jusqu’à cette fameuse nuit du 20 janvier 1976…

Délicieuses pourritures est un petit roman dérangeant qui révèle une fois de plus le grand talent de Joyce Carol Oates. Le titre original est Beasts, les monstres, les bêtes fauves (avec toujours dans ce terme une connotation morale et sexuelle). Dans la version traduite, Délicieuses pourritures est une expression qui se trouve dans un des poèmes de D.H.Lawrence, « Nèfles et sorbes », dont voici l’extrait :

« Je vous aimes, pourries, / Délicieuses pourritures./ Merveilleuses sont les sensations infernales,/ Orphique, délicat / Dionysos d’en bas./ »

Le lecteur est alors en droit de se demander à qui sont en réalité destinés ces deux termes oxymoriques. L’intrigue se passe en huis clos. Il y a un couple de professeurs, le mari André Harrow et sa femme, Dorcas qui se plaît à sculpter des totems féminins entre beauté et laideur. Et puis, gravitent autour d’eux comme des insectes attirés par le feu, des étudiantes fraîches, naïves et totalement inconscientes de ce qui va se tramer. Nous sommes dans les années 70 où se concentrent toutes les révolutions sociales et des moeurs. Période trouble, période faste, période dangereuse car si on suit la logique de l’auteur, elle engendre aussi des monstres tels que André ou Dorcas. Ceux ci symbolisent la dégénérescence d’un monde qui n’offre que l’apparence ou le superficiel (les interprétations littéraires d’André le montrent). Le couple s’appuyant sur leurs positions et prestiges manipulent à leur guise les étudiantes jusqu’à les amener subtilement à déshabiller leur corps et leur âme, jusqu’à les annihiler de toute volonté. Elles se soumettent avec délectation aux désirs de leurs bourreaux qui se font une joie (au sens dionysiaque du terme) de les avilir. Comme des vampires, ils sucent leur flux vital jusqu’à ce qu’elles disparaissent, jusqu’à ce qu’elles s’effacent, jusqu’à ce qu’elles anéantissent leur identité. Nous progressons dans ce labyrinthe avec pour seule accompagnatrice, Gillian. Sa narration l’amène plus près de la vérité sur elle même et sur le couple. C’est une narration sans concession: Gillian ne s’épargne pas et de ce fait, rend le récit atrocement cruel. Joyce Carol Oates a encore une fois réussi à nous éblouir avec ce petit roman par son art de dépeindre les affres de l’âme humaine. En parlant de Petite soeur, mon amour un critique dit: « Joyce Carol Oates use jusqu’au vertige de cette éminente pénétration psychologique qui est sa force, son talent singulier« . Je vous le conseille. Délicieuses pourritures est un roman très intéressant.


Traduit de l’Américain par Claude Seban
Editeur : J’ai lu. Coll « J’ai lu n°7746 »
125 pages
2005
4 euros

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature américaine. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s