Féroces de Robert Goolrick

féroces
Blessures

Les Goolrick sont très enviés dans les environs. Ils suscitent désir mais aussi jalousie. On pense qu’ils sont heureux. On pense que Madame est épanouie, on pense que cette famille est une famille modèle. De toute façon, tout le monde essaie de se donner un style. Cependant, derrière les portes closes de la demeure des Goolrick, la vie n’est pas du tout un rêve. Les caractères et les personnalités des protagonistes se laissent voir au grand jour. Le monde de l’intérieur est glauque, rempli de secrets inavouables et d’une violence inouïe. Et le petit Robert va payer les frais de cette famille féroce!

Voici comment Robert Goolrick termine son autobiographie: « Si je raconte cette histoire, c’est parce que j’ai passé ma vie à mentir à des gens qui se sont montrés bons envers moi, et que je suis fatigué de ces mensonge./ Je raconte cette histoire parce que je ne veux pas que l’on pense que j’ai foutu ma vie en l’air, consciencieusement, simplement parce que j’étais de mauvaise humeur. »



Ces dernières pages représentent l’apothéose de son écriture. Le suspens torture le lecteur jusqu’à la fin, même s’il devine le tragique secret …

L’auteur nous dépeint un portrait au vitriol de cette famille hypocrite et indigne qui se cache derrière un masque de convention propre à l’Amérique des années 50. Ici, l’entreprise de démolition de la vie de ce petit garçon qu’était Goolrick est orchestrée bien sûr par le père, lâche et vil mais aussi par sa mère, femme immonde, complice et témoin oculaire des exactions du père. A aucun moment l’auteur n’a été protégé de l’ acte infâme qui va briser sa vie et rend sa recherche du bonheur quasiment impossible. Comme il le dit lui même en justifiant l’écriture de ces pages :

« Je la raconte parce que j’ai dans le coeur une douleur poignante en imaginant la beauté d’une vie que je n’ai pas eue, de laquelle j’ai été exclu, et cette douleur ne s’estompe pas une seconde« .

Cependant, à aucun moment il n’ adopte un ton plaintif ou geignard. Au contraire, le récit est très émouvant et pleine d’émotion rentrée. Il y a de la pudeur et les mots sont retenus, contenus. La dignité est son maître mot et l’écriture hisse le tragique d’une vie vers des intensités insupportables :

« Que d’autres s’emparent d’un rasoir pour se trancher les veines, avec plus ou moins de succès. Je sais que d’autres, en considérant leur propre vie, n’y voient qu’un échec silencieux et un désespoir inconsolable, nourrir le chat, relever ses e-mail, faire les mots croisés. (…) Voici ce qu’il me faut pour affronter une journée: 450 mg d’Eskalith, 1 000 mg de Neurontin, 2 mg de Clonazepam, 6mg de Xanax… tout cela n’entame qu’à peine l’angoisse et la honte d’être ce que je suis, d’être devenu ce que je suis devenu. Je prends du Stilnox pour dormir. Parfois j’en prends dans l’après midi, simplement pour faire taire le bruit. Je dors toujours mal la nuit.« 

Un livre poignant qui ne paut laisser le lecteur indifférent…


Traduit de l’Américain par Marie de Premouville
Editeurs : Anne Carrière, 2010
254 pages
20,50 €

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