Sleepy Hollow, La légende du cavalier sans tête de Washington Irving

Histoire à faire peur…

Washington Irving est né en 1783 à new york. Il est avocat de profession. Il a passé sa vie surtout à voyager et à écrire. Ainsi a t-il rencontré Walter Scott lors de son deuxième voyage en Europe. Ce dernier l’amène à s’intéresser aux contes populaires et aux légendes germaniques. Il va publier de très célèbres histoires: Rip Van Winkle, le Livre d’esquisses et la célèbre Légende du cavalier sans tête du Val Dormant. Ce dernier opus s’inspire directement de ce folklore. Il a aussi écrit un roman Astoria sur la conquête de l’Ouest. Notre auteur va faire d’autres voyages (Espagne, Rhénanie) et va avoir aussi des charges politiques (secrétaire de la Délégation Américaine en Angleterre). Il meurt en 1859 à Sunnyside et est inhumé dans le cimetière de Tarrytown qui est déjà rebaptisé « Sleepy Hollow ». C’est devenu un site de visite depuis le film de Tim Burton.

sleepy hollow

Il s’agit d’un tout petit roman. L’histoire se passe vers la fin du XVIIIème siècle dans un vallon paisible, le Val Dormant, à l’écart du bruit et de la fureur des grandes villes et de la conquête vers l’Ouest. Nous faisons connaissance avec la communauté hollandaise émigrée et qui a fait fortune, la demoiselle Van Tassel, riche héritière et potelée, Ichabod Crane, instituteur, pique assiette et amoureux transi de la demoiselle Van Tassel, Brom Bones un badaud rival de Ichabod.

La vie s’écoule paisiblement dans cette petite ville mais c’est sans oublier les contes et légendes qui peuplent l’imaginaire des gens du coin. Ichabod a l’âme quelque peu sensible et intègre très vite ces légendes notamment celle du cavalier sans tête. Jusqu’au jour où…

Le roman de Washington Irving est surtout une parodie de la société fermée de ces gens qui se méfient du progrès et de la conquête de l’Ouest. C’est la période de la grande construction du chemin de fer reliant l’Est américain à l’Ouest (par les travailleurs chinois venus à la recherche de l’Eldorado! C’est ce qui explique la très forte communauté sino américaine aux Etats Unis actuelle soi dit en passant). La notion de « wilderness » qui signifie dans l’ancien anglais « terre sauvage » et même de « l’inconnu » est reprise ici. Car en effet, il y a chez ces habitants une réelle ambivalence quant au traitement de l’espace. Ils ont une réelle envie de transformer la nature à leur avantage (la richesse de la famille Van Tassel vient de là: de l’exploitation de l’Est américain). Cependant, ils ont peur aussi des grandes villes (New York n’est pas loin) qui pourraient les corrompre ou transformer leur vie et traditions. D’ailleurs la scène de la veillée dans la propriété de Van Tassel est primordiale pour la compréhension du roman et surtout les différentes versions pour expliquer la disparition d’Ichabod nous plongent dans la perplexité. Les légendes et contes creusent et consolident un terroir. Cependant, le roman reste bon enfant et surtout il n’a pas l’aspect effrayant et fantastique que Tim Burton va lui insuffler. Dans le film de Tim Burton, la légende devient l’un des personnages principaux du roman. Le cavalier devient un cavalier de l’enfer qui revient chaque fois à la nuit tombée dans le monde des vivants pour trouver sa tête décapitée. A défaut de la trouver, il décapite tout malheureux rencontré sur son chemin. Ceci dit, Christopher Walken interprète à merveille ce diabolique damné, ce soldat errant…Tim Burton va brosser un monde dichotomique: le rationnel et le superstitieux. Ichabod dans le film de Tim Burton (incarné par Johnny Depp) est le représentant du monde rationnel. Il vient de la grande ville, érudit et très cartésien, pour lui tout a une explication. Dans le roman il s’agit surtout d’un personnage poltron et comique, dans le film, c’est un homme complexe torturé par l’image de sa mère savante et assassinée par son père, qui préfigure déjà le Master des romans gothiques. Dans le film, il s’agit avant tout d’une enquête policière qui très vite est dépassée par l’intrusion du fantastique. Dès lors, le seul moyen qui reste est de satisfaire le cavalier, lui donner ce qu’il cherche et tenter ensuite de survivre.

Je vous recommande et le livre et le film. Dans le premier, vous trouverez sans doute des ingrédients pour appréhender la littérature classique américaine. Dans le deuxième pour apprécier l’univers de Tim Burton et le traitement qu’il a fait du roman.


Traduction de l’Américain par Alain Geoffroy
Editions Mille et une nuits, 2000
77 pages
2,50€

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