Le départ de Nimrod

9782742753154
Le sable a effacé mes pas

Nimrod confirme, dans ce petit récit, son talent d’écrivain mais aussi celui de philosophe. Son texte est une recherche inlassable de l’identité et de la relation qu’entretient l’homme avec son (ses) espace(s).

Le départ est très intéressant car il part d’un concept de roman autobiographique. L’enfant Nimrod suit son père dans ses tribulations et errances. Ce dernier étant pasteur, doit donc se déplacer de paroisses en paroisses traînant derrière lui sa famille. Le petit garçon, très tôt, se rend compte de l’importance de l’ancrage dans un espace et de l’affectivité qui en découle.

Il comprend aussi la souffrance et la peur de l’inconnu lorsqu’il faut à chaque fois quitter l’espace, le lieu tout juste apprivoisé.

 » Le plus dur a été de tourner l’angle de la rue. De quoi ai-je honte? Pourquoi m’est-il si pénible de quitter Sara-de-Gaulle? De science certaine, j’en sais la cause: la peur de l’inconnu. »

Chaque départ l’ éloigne de sa terre et surtout de son père qu’il admire et aime. Son cœur d’enfant chavire et désespère:

« J’ai abordé l’inconnu tout seul, tel est mon drame. J’aurai voulu compter sur maman, mais elle ne se prêtait pas au jeu. »



Mais réduire ce petit roman à une expérience purement autobiographique serait trahir les intentions de l’auteur. En effet, se servant de ces multiples petits « exils » à l’intérieur d’un pays, le Tchad, Nimrod construit toute une réflexion sur le temps, l’espace, le changement, le rapport avec l’autre et ses ramifications et surtout le langage. Autant dire, qu’il nous livre aussi une pensée philosophique de l’humaine condition ancrée à l’espace et au langage pour fixer tant soit peu le territoire apprivoisé, le connu. 

La profondeur de sa pensée inscrite sur le papier est empreinte aussi de sensualité car Nimrod est toujours aux aguets de la moindre émotion. Ainsi, non seulement le lecteur a devant lui une expérience autobiographique fondée sur les sens, une pensée philosophique métissée entre l’animisme et l’humanisme français issu de sa formation scolaire. Mais ce n’est pas tout. Le lecteur suit Nimrod de son enfance à l’âge d’homme. Il le voit traverser les vicissitudes de l’Histoire de son pays (les événements du Tchad dans les années 70). Il l’accompagne dans sa fuite et dans son grand exil à l’extérieur du pays. De ce fait, il assise à l’éclosion de la pensée « nimrodienne » sous forme de poésie. Ce qui jadis était une réflexion fragmentaire liée à l’enfance et à l’immaturité, devient plus souple, plus fluide grâce à l’utilisation du langage et à l’amère expérience de la vie et de sa violence.

Le départ nous fait réellement découvrir l’écrivain et son verbe. C’est un roman d’ initiation et d’ apprentissage: celui du mot juste (si cela est possible) pour parler et fixer des horizons parcourus.

Laissons l’auteur nous parler du langage…

« La parole est la principale alliée du mystère. Les révélations qu’elle rend possibles sont hasardeuses. Nos émotions n’ont pas un seul motif, et les mots ne correspondent pas toujours à un état précis de nos sensations. Nous donnons des explications arbitraires à des états de consciences eux aussi arbitraires. »

Oui, il est certain que nous avons là un livre magnifique et magistral.


Editeurs : Actes Sud, Coll. « Lettres africaines », 2005
112 pages
12,20 €

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