Lumières de Pointe – Noire d’Alain Mabanckou

9782021003949
Retour à la terre natale

Lumières de Pointe – Noire occupe une place à part dans les œuvres déjà écrites par l’auteur à l’exception de l’un d’entre eux. En effet, le lecteur peut voir dans cet écrit un prolongement de son livre Demain j’aurai vingt ans paru en 2010 parce qu’il fait référence à des éléments autobiographiques.

Dans sa structure narrative, Lumières de Pointe – Noire s’apparente au Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Alain Mabanckou revient dans son pays, la République du Congo après vingt trois ans d’absence. Il s’installe dans sa ville natale Pointe – Noire, ville portuaire située au Sud Ouest de Brazzaville. Le récit retrace son parcours erratique à la recherche des souvenirs d’enfance et des visages familiers. Le lecteur suit le cheminement de sa pensée et les échanges avec les membres de sa famille, amis et connaissances.

Le lecteur prend connaissance ici d’un récit mélancolique. L’auteur qui n’a pas pu assister à l’enterrement de sa mère s’attarde sur cette figure maternelle et lui rend hommage dans des phrases émouvantes. Il décrypte aussi les difficultés au quotidien avec cette mère, cette « maman Pauline » qui tour à tour peut être fragile ou écrasante. Il se penche aussi sur son enfance et son adolescence auprès de ses nombreux frères et sœurs, issus d’une union entre son père adoptif, « Papa Roger » et celle qu’il appellera « maman Martine ». 
Il revient aussi sur cet instant déterminant où il savait qu’il partirait de Pointe – Noire pour rejoindre l’Europe. Les jeux, les rires et les larmes d’enfant remplacent alors progressivement l’envie, le désir de partir loin, très loin de cet endroit oppressant. Le lecteur devine aussi la solitude d’Alain Mabanckou. Revenu dans sa ville, sur la terre qui l’a vu naître, il sait qu’il est considéré comme un étranger, comme celui qui est parti. L’épisode avec sa demie sœur Georgette le montre. Pour sa famille, il devient une machine à sous. Les sentiments disparaissent au profit de l’appât du gain. Le silence de l’auteur face à sa famille met en exergue probablement son dégoût pour le lien familial tel qu’il existe dans cette société clanique et traditionnelle :

 » Du lieu où nous sommes au domicile de mon père le transport coûterait moins de mille francs CFA. Je ne souhaite plus marchander et fouille dans la poche de mon pantalon. Je m’arrange pour tirer deux billets et dépose vingt mille francs CFA sur la table. Georgette les empoche sans que les deux autres bronchent. Il me reste dix mille francs CFA pour mon propre transport et un repas au restaurant Chez Gaspard. En me levant je sais déjà que je n’irai pas à cette réunion familiale, que jusqu’au jour où je quitterai Pointe – Noire je ne reverrai plus Yaya Gaston à cause de Georgette. »



Lumières de Pointe – Noire c’est aussi un récit qui évoque des rencontres improbables de l’auteur avec une certaine prostituée au grand cœur qui se nomme « Madame Claude » et avec un pique assiette mythomane. C’est aussi un poème émouvant et triste sur la fin d’une époque.

C’est l’innocence perdue, le sanglot de l’homme écrivain qui par ce récit nous offre une partie de son histoire.


Editeurs : Seuil, Coll « Fiction et Cie », 2013
304 pages
19,50 €

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