Moisson de crânes de Abdourahman A. Waberi

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Forget me not

Pour comprendre la portée de ce livre qui réunit nombres de nouvelles issues d’écrivains de l’Afrique subsaharienne, il faut prendre en compte trois éléments:

– Une date: 1994
– Un nom: Nocky Djedanoum
– Un événement: le festival Fest’Africa

En effet, le génocide perpétré contre les Tutsis d’Avril à Juillet 1994 a ébranlé non seulement l’Occident mais surtout l’inconscient collectif du Rwanda puisque l’onde de choc atteint l’Afrique toute entière. Les intellectuels du continent africain ont été les premiers à être pétrifiés par l’événement. De ce fait, plusieurs ont déjà produit des œuvres consacrées à ce sujet.

Cependant, la voix africaine, si ténue, s’est élevée et est portée à son apothéose par Nocky Djedanoum, écrivain tchadien installé à Lille et organisateur du festival Fest’Africa. C’est lui qui a mis sur pied cette œuvre en réunissant des écrivains africains connus dont Abdourahman A.Waberi. Ce dernier est retourné à Kigali et a restitué non seulement les cris des victimes lorsque les machettes s’abattaient sur leurs corps frêles et dénudés mais a aussi rapporté sous forme de récits l’après génocide et ses répercussions sur l’Afrique.

Le travail est remarquable. Le texte est scindé en deux parties. Le premier commence par un titre évocateur « Terminus » et finit sur « Et les chiens festoyaient ». Cette partie insiste sur le génocide vécu « en direct ». La plume des auteurs est comme une caméra qui balaie la scène pour montrer au monde les horreurs sans nom. Toutes les voix sont convoquées à l’autel de la Mémoire: celle de la victime, celle du bourreau, celle des lamentations et celle des harangues, des encouragements à l’extermination. Cette polyphonie des voix permet aux lecteurs de mesurer l’immense tragédie et la haine nourrie et alimentée par des siècles d’Histoire à l’encontre des Tutsis.

La deuxième partie est consacrée au retour vers la terre ravagée et gavée de sang. La situation a changé et si la réconciliation est impossible , le génocide est relégué à l’arrière fond de la mémoire collective du Rwanda. Kigali vit, Kigali bouge et Kigali continue son quotidien comme si rien ne s’était passé.

L’écriture est acerbe comme les coups de haches et de machettes. Elle est orientée vers un seul but: le devoir de se souvenir du génocide et des 800 000 à 1 million de victimes. Le livre obéit à un seul précepte qui est « de réveiller, de rendre sa part d’humanité perdue à cette contrée. Couchons sur papier le long récit des infamies. Ecrivons, donc« .


Editeurs : Le serpent à Plumes, Coll.« Motifs », 2007
95 pages
5 €

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2 commentaires pour Moisson de crânes de Abdourahman A. Waberi

  1. jostein59 dit :

    Voici un récit qui doit marquer les esprits.

    J'aime

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