Je n’ai pas peur de Niccolo Ammaniti

9782264056832
Critique d’Abigaïl 

En 1978, sous une canicule constante, se dresse un hameau poussiéreux quelque part dans les Pouilles. Il se tient là, écrasé de soleil, sous le regard des collines, lourdes de blé mur, des montagnes, de vrais géants aux yeux du jeune Michele, personnage central de Je n’ai pas peur.
Dans son monde, ces collines sont des titans endormis, prêts  se réveiller et à se redresser, terrifiants du haut de leur corps de terre.
Car toute sorte de monstres menaçants se tapissent, même si, comme le lui répète son père: » Arrête avec ces monstres, Michele. Les monstres existent pas. Les fantômes, les loups-garous, les sorcières, rien que des conneries pour faire peur aux grands benêts comme toi. C’est des hommes que tu dois avoir peur, pas des monstres. »
Ce leitmotiv, O combien vrai, ressemble au rappel qui guide le héros des contes. C’est un conte d’initiation, cruel que narre Niccolo  Ammaniti en racontant les événements à hauteur d’enfant, en s’emparant de leur compréhension du monde. Il y a là une troupe; la petite Maria, Barbara, Salvatore, Rackman la petite brute, toujours en quête d’un bouc émissaire, avide de leadership. Et, à la faveur propice d’un gage, Michele découvre l’impensable, un enfant nu, enchainé, à la raison dérivante, Philippo…
Progressivement, habilement, Niccolo Ammaniti nous décrit ce hameau de quatre maisons, cette minuscule communauté qui existe à peine sur les cartes, qui rêve de l’opulence du Nord, qui s’asphyxie de toute cette sécheresse atteignant la nature et les hommes. C’est un hameau du bout du monde où les adultes, sourdement, enragent de l’arrivée de jours meilleurs. Jusqu’à fomenter, et commettre, l’irréparable…
Le lecteur saisit et comprend le déroulement des événements par le prisme du regard de Michele, capte peu à peu le double visage de ce père, être merveilleux, auréolé de toute l’attente de ses deux enfants, sentant la cigarette et le savon, qui se révélera tout autre…  » C’est lui le croquemitaine » en déduira Michele, puisque homme affectueux le jour, créature violente la nuit. Michele devient le seul à paraître éprouver une empathie, une pitié inconnues de l’univers dans lequel il gravite. Tout flambe, tout se calcine. Et même si les blés coulent comme de l’or sur le flanc des collines, les êtres, eux, restent arides et durs.
Par le talent de l’auteur, le lecteur retrouve la justesse des sensations d’enfance, l’incompréhension vague mais admise devant des décisions adultes arbitraires et irrévocables.
Nulle complaisance, d’Ammaniti dans le glauque, pas de pathos ou de sentimentalisme, mais une douloureuse finesse de description à hauteur d’enfant. Cela, jusqu’au dénouement final inattendu, tragique, qui sonne le glas de ce village, s’abat telle une punition.
« Je n’ai pas peur » devient la comptine répétée avant d’entrer dans les bois où guette le loup…


Traduit de l’Italien par Myriem Bouzaher
Editeurs: Robert Laffon, Coll: « 10/18 », 2012

232 pages
8 euros 

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