Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop

Boubacar Boris Diop est né à Dakar en 1946. Il est romancier, essayiste, dramaturge, et scénariste, il a été aussi le directeur du Matin de Dakar. En 1998, il a participé, avec dix autres écrivains africains dont Véronique Tadjo, au projet d’écriture sur le génocide au Rwanda : « Rwanda : écrire par devoir de mémoire ». Après des réticences du gouvernement de Kigali, il a pu mener le projet à terme et nous offrir cette œuvre.

A la fin du roman, il existe une Postface dans laquelle il explique le contexte de l’écriture et le rôle de la France dans le génocide Tutsi.



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 « La saison des machettes »

Le roman est divisé en quatre parties. Chacune retrace non seulement l’avant génocide mais aussi l’après avec un retour sur le massacre de 45 000 Tutsis dans l’école Polytechnique de Murambi. Le cœur du livre est le saisissant chapitre sur le génocide lui-même. C’est un roman dans lequel tous les personnages se croisent Hutus et Tutsis et racontent leur histoire. Les figures qui émergent de la masse et de la tragédie sont Jessica, une rescapée, l’oncle de Cornelius, Siméon et Cornélius, l’exilé qui revient dans son pays, le Rwanda après le massacre. L’auteur ne donnera son point de vue que vers la fin du livre dans sa postface.

Le roman de Boubacar Boris Diop s’intéresse non pas à un fait historique relaté avec objectivité, distance et froideur. La subtilité du texte réside dans sa structure narrative. Il s’agit ici de commencer par relater le retour de Cornélius dans son pays après 25 ans d’absence et de suivre les tiraillements intérieurs de ce personnage qui comprend enfin qu’il n’est plus réellement chez lui. Cornélius est aussi une victime car il a perdu sa mère et sa fratrie dans le génocide. Mais en plus de cela, il est fils d’un génocidaire, le docteur Joseph Karekezi. Celui-ci a tué toute sa famille.

Cette position intenable fait de lui un personnage à la croisée des chemins. Il est Tutsi par sa mère et Hutu par son père. Son errance dans un Rwanda, quatre ans après le génocide, le pousse à se remettre en question. Au terme de sa quête historique et identitaire, il parvient enfin à accepter l’ambivalence de ses amis et des témoins, victimes oculaires du massacre à son égard. En effet, sa position est assez difficile d’autant plus qu’il était à l’étranger au moment du génocide.

Mais le parcours de Cornélius sur ces lieux de massacres et de Mémoires oblige aussi le lecteur à plonger dans l’enfer et à regarder l’irregardable. A aucun moment le roman ne s’attarde sur le pathos ou le larmoyant. De toute façon, le Rwanda n’a plus de larmes à revendre tant la souffrance a desséché ses yeux. Cependant, au cœur même des ténèbres et de la désolation, l’auteur donne toujours une note d’espoir au travers des personnages – phares comme Jessica ou Siméon gardiens de la Mémoire du Génocide. Pour l’auteur, ce sont des êtres Bons au sens philosophique et éthique du terme. Une est Tutsi l’autre est Hutu. Pour Boubacar Boris Diop, c’est par eux que le Rwanda, terre du Dieu Imana, peut se reconstruire sans rejeter pour autant le passé de terreur.

En conclusion, Murambi, le livre des ossements est un roman majeur pour approcher cette période sombre de l’Histoire du Rwanda. Comme le disait Toni Morrison :

« Ce roman est un miracle. Murambi, le livre des ossements confirme ma certitude qu’après le génocide, seul l’art peut essayer de redonner du sens. Avec Murambi, Boubacar Boris Diop nous offre un roman puissant, terrible et beau. »

A lire absolument.


Editeurs : Zulma, 2011
272 pages
18,30 €

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