Le grand coeur de Jean – Christophe Rufin

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Splendeur et décadence

Le grand cœur est un roman de 500 pages consacré à un personnage historique, Jacques Cœur qui a été l’homme fort de Charles VII avant de tomber dans la disgrâce.

C’est aussi un roman qui célèbre, au travers cette figure de Messire Cœur, une époque charnière où le royaume de France sortait à peine de la guerre de Cent Ans et où elle prépare avec l’Europe à entrer dans les fastes de la Renaissance, laissant derrière elle le Moyen-Age et sa vision politique et artistique du monde.

Tenant là son sujet, Jean-Christophe Rufin fait promener sa plume. Son roman se veut être le récit d’une confession, celle de Jacques Cœur lui-même. En effet, au commencement de l’intrigue, Jacques Cœur est en fuite. Feignant la maladie, il se cache sur une île grecque pour échapper aux hommes du Roi de France, lancés à sa recherche pour le tuer. Au calme, auprès de sa nouvelle compagne, Elvira, il met de l’ordre dans sa vie et écrit son histoire :

 » Il me semble que je participe d’une façon nouvelle au laborieux accouchement par lequel ce qui est venu au monde y retourne, en forme d’écriture, après la longue gestation de l’oubli. »

Mais cette entreprise est favorisée par une vie dense et complexe meurtrie aussi par l’amère expérience des hommes et du monde :

« J’ai cinquante-six ans. Mon corps est en pleine santé. Les tortures que j’ai subies pendant mon procès n’ont laissé aucune trace. Elles ne m’ont même pas dégoûté des humains. Pour la première fois depuis longtemps, depuis toujours peut-être, je n’ai plus peur. La gloire, la plus extrême richesse, l’amitié des puissants ont tari ce qu’il pouvait y avoir en moi d’ambition, d’impatience avide, de désirs vains. »

Ainsi la totalité est-elle donnée et le récit peut se dérouler selon une structure narrative logique et implacable comme le destin. Scindé en cinq parties, le roman commence d’abord par l’enfance de Jacques Cœur à Bourges au temps du roi Fou pour ensuite s’étaler sur son voyage en Orient qui va renforcer encore plus son esprit curieux et aventurier. Les deux autres parties soulignent son ascension dans la sphère politique. Il devient l’Argentier du Roi et le confident – amant d’Agnès Sorel, la favorite du Roi.

Mais lorsqu’on est au sommet d’une montagne, il faut songer à la descendre. Le roman s’achève sur la chute de l’homme. La fin choisie par Jean-Christophe Rufin est plus tragique que celle de Jacques Cœur, le personnage historique. Cependant si tous les ingrédients sont présents, il n’est pas aisé de qualifier ce roman de « roman historique ». C’est avant tout l’histoire d’un homme. Jean-Christophe Rufin veut rendre un hommage au héros de son enfance:

« Pourquoi ai-je envie de substituer à ces images précises quoique inertes une réalité romanesque peut-être moins fondée mais qui rappelle cet homme à la vie? Sans doute pour payer une dette. J’ai passé mon enfance au pied de ce palais. Je l’ai vu par tous les temps et, certains soirs d’hiver, j’avais le sentiment qu’il était toujours habité. Il m’est arrivé de m’arrêter devant certaine petite porte, en contrebas, et de sentir sur la poignée de fer la tiède empreinte de la main de son propriétaire. »

Force est de constater que c’est un bel hommage. Jean-Christophe Rufin a su pénétrer dans les profondeurs de la psyché de cet homme tour à tour aventurier, marchand, Ministre d’Etat et pour finir un prisonnier, un fuyard et un croisé. Jacques Cœur ici a de multiples visages. Il est traversé par l’ombre et la lumière. Il a du flair et pressent les changements qui vont balayer son époque et ses certitudes. Jacques Cœur, à l’image de son palais à Bourges a deux visages, l’un fixant son siècle pétri dans l’argile du Moyen Age, l’autre résolument tourné vers l’avenir, vers le lointain, vers Florence, vers l’Italie, cette terre qui apportera une nouvelle lumière: la Renaissance. Et qui mieux que Jean-Christophe Rufin pour nous conter cela?

« Je songeais à la différence de mes deux côtés, l’un valide et l’autre immobilisé, et cela me fit tout à coup apercevoir la solution. (…) Il était donc possible, (…) de donner au futur palais deux façades distinctes. Du côté du rempart, en poursuivant l’œuvre entreprise, il ressemblerait à une place forte. Mais il était temps, de l’autre côté, d’édifier vers le haut de la ville une façade et des bâtiments conformes aux plans florentins. »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAStatue de Jacques Coeur devant sa maison à Bourges
(Photo personnelle)

OLYMPUS DIGITAL CAMERASalle des cartes retraçant les voyages de J.Coeur
Intérieur de la maison de J.Coeur
(Photo personnelle)


Editeur : Gallimard, 2012
498 pages
22,50 €

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