Le fil de soie de Cécile Roumiguière et de Delphine Jacquot

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Le fil de la vie

Marie Lou n’est pas une bonne élève. Marie Lou est lente. Ce n’est pas de sa faute. Marie Lou est juste différente des autres petites filles. Elle ne veut pas fâcher la maîtresse, elle est juste un peu plus rêveuse que les autres enfants.

Cependant, malgré son chagrin d’être en marge, elle retrouve vie auprès de sa grand-mère, Mamilona. Cette dernière aime bien coudre. Elle fait des robes pour des poupées. Elles préparent des motifs et habillent les figurines pour le carnaval. L’enfant adore voir sa grand-mère travailler. Surtout que celle-ci chante un air qu’elle ne connaît pas. A chacune de ses questions à propos de la chanson, la grand-mère se referme et rentre dans sa bulle, plus silencieuse et plus sombre que jamais.

Mais, peu importe, l’enfant l’adore. Pour son anniversaire, celle-ci lui prépare une merveilleuse robe pour sa poupée et l’amène au cirque. Profitant de ce moment d’intimité, la petite questionne la grand-mère mais les réponses attendues sont mystérieuses et renvoient la petite-fille à sa propre ignorance :

« Cette chanson, Mamilona, c’est la tienne.
Devant le silence de sa grand-mère, elle insiste :
– S’il te plaît… dis-moi ton secret.
La vieille femme lui serre la main plus fort.
Elle tourne vers elle son visage plissé de rides aussi belles que les traces des vagues sur le sable :
– Il y a des choses que les mots ne savent pas dire, ma Lou. Mon secret, je te l’ai déjà donné.
Un jour, tu le trouveras, tu n’auras besoin de personne pour ça. »

Ainsi, par des mots simples et dépouillés, Cécile Roumiguière nous livre une histoire douloureuse et pleine de poésie. La mémoire, la transmission d’un héritage ne se font pas par des contes ou des phrases mais dans la couture des habits. La grand-mère coud, coupe le tissu, mesure et élabore le patron et les modèles pour chaque poupée et figurines. C’est un travail où se mêlent silence et solitude. La création est double : la vieille femme embellit l’objet mais elle recréé l’histoire de sa vie au travers de la soie et des fils.

Delphine Jacquot illustre magnifiquement (une fois de plus) l’histoire. Elle donne vie par ses couleurs et ses formes. Elle transfigure les arabesques de la vieille femme et par son talent renforce l’émotion à la lecture de ce récit.

Cécile Roumiguière et Delphine Jacquot se complètent dans ce travail mené en duo. L’une, par l’écriture restitue une histoire, une époque barbare où l’homme est un loup pour l’homme. La poésie est bien sûr au rendez-vous et la souffrance est plus introvertie, plus atténuée par le temps qui passe et qui emporte tout hormis le souvenir et la douleur. L’autre colore le monde et les êtres. Par ses illustrations, Delphine Jacquot magnifie l’écriture et maquille la vie de mille couleurs.

En conclusion la gravité de l’histoire n’enlève rien à la beauté des illustrations et à la douceur des mots. Ce texte convient autant aux adultes qu’aux enfants. Il insiste sur la transmission d’une histoire familiale et sur le rapport inter générationnel.

Le fil de soie est donc à consommer sans modération.

NB : Le monde de tran remercie chaleureusement Delphine Jacquot de prendre le temps de lui dédicacer ce récit. Le monde de tran espère que cette petite chronique plaira à l’illustratrice…

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Illustré par Delphine Jacquot
Editions Thierry Magnier, 2013
15,50 €

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