La lucarne de José Saramago

9782021095555
Fenêtre sur cour

La lucarne a connu une vie particulière et indépendante de son auteur. L’histoire commence en 1953. José Saramago propose à une célèbre maison d’édition de Lisbonne son manuscrit intitulé Claraboia. L’éditeur non seulement refuse mais ne donne pas suite à José Saramago. C’est le silence total. Cette incidence a durablement marqué l’auteur. C’est pourquoi, en 1989 lorsque le manuscrit a été retrouvé et que la même maison d’édition lui propose de le publier, José Saramago refuse. Devenu célèbre, il n’a pas pour autant oublié l’affront :

«  José Saramago refusait obstinément, disant que ce livre ne serait pas publié tant qu’il serait vivant. Sans autre explication qu’un rappel de sa règle de vie, si souvent écrite et proclamée, selon laquelle personne n’est obligé d’aimer qui que ce soit, mais nous avons tous l’obligation de nous respecter les uns les autres. Se référant à cette logique, Saramago estimait qu’aucune maison d’édition n’a l’obligation de publier les manuscrits qu’elle reçoit, mais qu’il existe le devoir de fournir une réponse… »

Ceci est la petite histoire. Elle a cependant son importance car conformément à la volonté de l’écrivain, cette œuvre n’a pu voir le jour que depuis sa mort survenue en 2010. Le roman a été publié au Portugal en 2011 et en France en Septembre 2013.

De quoi s’agit-il? L’auteur braque ses jumelles sur les habitants d’un immeuble et il traque leurs faits et gestes. S’inspirant plus ou moins de la méthode « naturaliste » de Zola, Saramago se plaît à décrypter les comportements et à brosser les histoires de ces habitants apparemment tranquilles. Il donne à voir des couples qui s’entredéchirent. Il décrit avec franchise les émois des jeunes filles en fleur. Il brosse les portraits de quatre femmes vivant dans un espace clos où l’intimité est souvent violée par la promiscuité. On sent une tendresse particulière pour Lidia, jeune femme entretenue et pour le duo d’amis qui sont Sylvestre, un cordonnier, et Abel, son pensionnaire. La discussion entre ces deux personnages met en exergue les questionnements et les interrogations incessants sur le sens de la vie et sur la place de l’homme dans le monde.

La lucarne est le premier roman écrit de l’auteur. Cependant, les thèmes de prédilection sont déjà présents et qui seront développés plus tard de façon plus incisive dans La lucidité, L’aveuglement ou encore dans L’évangile selon Jésus Christ.

C’est une œuvre subversive donc car elle met en lumière l’état social et économique du Portugal des années 50 sous la dictature de Salazar. La lucarne est puissante par sa portée dénonciatrice. La marque de Saramago est bien là.

A (re)lire.


Traduit du portugais par Geneviève Leibrich
Editeurs : Le Seuil, Coll. »Cadre vert », 2013
352 pages
22 €

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2 commentaires pour La lucarne de José Saramago

  1. jostein59 dit :

    Un livre qui aurait fait une bonne lecture pour le dernier challenge sur le Portugal. Il faudra que je découvre cet auteur.

    J'aime

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