La lucidité de José Saramago

saramago_postcard(Photo provenant de nobelprize.org)

José de Souza Saramago est né en 1922 dans une famille pauvre du Ribatejo, à Azinhaga au Portugal. Très tôt, il a dû abandonner le lycée pour raison financière et suivre une formation de serrurier. Cependant, autodidacte, il exerce divers métiers pour vivre (dessinateur industriel, correcteur, chargé de la fabrication chez un éditeur). Il travaille aussi pendant douze ans dans diverses maisons d’édition, puis dans des journaux.
Sur le plan politique, il est très engagé, ses romans en portent la marque comme La lucidité ou Aveuglement. José Saramago a été partie prenante de la révolution des œillets, en 1974. Parallèlement à ses activités professionnelles et politique, José Saramago écrit énormément mais c’est avec Le Dieu manchot qu’il a connu le succès. En 1992, le gouvernement portugais l’accuse de « porter atteinte au patrimoine religieux des Portugais » et censure l’Évangile selon Jésus-Christ parce qu’il heurtait la sensibilité catholique. Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1998. Il est décédé en 2010 à Lanzarote.

 9782020790666

Les gouvernements liberticides

Dans la capitale d’une nation inconnue, la population doit voter. Les citoyens vont bien sûr accomplir leur devoir civique. Cependant, contre toute attente, les citoyens ont décidé de voter blanc à 83%. C’est pour le gouvernement une gifle magistrale. Il décide donc de punir ces hommes et femmes qui ont pris trop à la lettre « l’exercice de la Démocratie ». Le ton est donné :

 » Il semblait vraiment que la majeure partie des habitants de la capitale était décidée à changer de vie, de goût et de style. Leur grande méprise, comme on commencera à mieux s’en rendre compte à partir de maintenant, avait été de voter blanc. Ils avaient voulu un grand nettoyage, eh bien ils allaient l’avoir. »

La chasse aux sorcières commence et ainsi débute un bras de fer entre le gouvernement et la population jusqu’à ce qu’une lettre anonyme arrive sur le bureau d’un Ministre accusant une femme qui, quelques années auparavant a été la seule à ne pas succomber à une épidémie de cécité (voir son roman Aveuglement) …

Le roman de José Saramago est magistral dans sa dénonciation des abus du pouvoir politique menant peu à peu à la mort de la Démocratie. Les politiques envahissent peu à peu l’espace de la cité (au sens latin du terme) et mettre en place des mesures et lois libercitides devant l’incrédulité des citoyens. Les coups bas, les alliances politiques opportunistes ont vicié l’idéal démocratique. Les politiques ne servent plus la population qui les a élus mais deviennent de simples carriéristes opportunistes.

José Saramago va plus loin. Par manque de lucidité, les politiques n’ont pas vu dans le vote blanc, un mouvement spontané des citoyens criant leur rejet d’une politique politicienne. En fin de compte, les votants ne font qu’exercer leur liberté d’expression que leur confère la Démocratie. La lucidité démontre la fragilité de la Démocratie. Celle-ci ne survit pas à l’ambition dévorante des gouvernants pour asseoir leur pouvoir et savourer leur prestige. Le dénouement tragique prend les accents d’une allégorie. L’exécution finale est un message fort envoyé aux lecteurs. La colombe de la Paix est donc tuée et par ce geste, la Tyrannie fait irruption dans la capitale.

La lucidité concerne ici les citoyens de cette capitale. Mais José Saramago semble par cette fable suggérer aux lecteurs d’être vigilants et de toujours garder leur lucidité pour sauvegarder ce qu’il y a de plus précieux pour un citoyen: la Démocratie. Les citoyens ou peuple d’une nation peuvent la perdre non de façon éloquente mais par des voies détournées et souvent peu perceptibles. Une lecture à méditer surtout avec le paysage politique actuel en France (Amendement facilitant le prélèvement et le don d’organes dans le cadre de la nouvelle loi santé, loi sur le Renseignement, loi sur l’obligation de voter), en Europe (Pression de la Troïka et du FMI sur la Grèce) et ailleurs bien sûr…


Traduit du Portugais par Geneviève Leibrich
Editeur : Le Seuil, Coll. « Cadre vert « , 2006
360 Pages

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